Malaldir, c’est le nom de l’EP, mais c’est surtout l’objectif de ce projet. Yung Poor Alo nous laisse entrer dans son univers, dans son intimité, et ose parler. Rapper ce qu’il veut dire, ce qu’il veut vivre mais qu’il garde souvent pour lui.
Pour exprimer ces choses difficiles à formuler, le rappeur rennais s’appuie sur des notes légères et fluides, avec des lyrics qui se libèrent, qui coulent sur la prod. Dès le premier morceau, il évoque le fossé entre ses ambitions et la réalité, à quel point il se sent marginalisé. Il explore cette ambivalence entre bohème et quotidien, ce qu’il appelle Le Jour et la Nuit. Cette envie de s’enfuir, d’aller Voir la mer, est portée par une candeur bohème :
« Et même si j’ai pas grand-chose, t’inquiète pas, je ferai avec. »
Ce thème de la bohème est le fil rouge de l’EP. Yung Poor Alo nous berce avec ses productions mélancoliques, à écouter en voiture, sous un soleil éblouissant, sur une plage, ou simplement en marchant. L’album sent l’été, l’amour, le vagabondage. Tour Eiffel prolonge ce désir de fuite : quitter la capitale, découvrir le monde aux côtés d’un·e amant·e.
Dans T’es mon gars, c’est une dédicace qui opère, une déclaration d’amitié. Yung Poor Alo se confie dans un morceau touchant. La mélodie accrocheuse ne nous lâche pas, et très vite, on se surprend à chanter à tue-tête :
« T’es mon gars, t’es mon G, t’es mon sang de la veine, ouais ce soir on traîne. »
Mais le Rennais montre aussi qu’il peut kicker : dans Canidés, en featuring avec Artel, il accélère le débit. Le BPM grimpe et Yung Poor Alo débite la prod, prouvant qu’il sait aussi aller chercher l’impact. Le message est clair : il a faim. Faim de succès, de revanche. Il veut renverser le cours de sa vie, sortir de cette pauvreté qu’il évoque. Artel le rejoint dans cette énergie, tout en restant fidèle à son univers.
Enfin, le rappeur aborde un sujet plus intime dans l’ultime morceau de l’EP : Tourne-disque. Il y parle de la perte de repères, symptôme de cette vie bohème. Un sentiment d’égarement qui l’affecte profondément :
« Pourquoi quand je rêve, il n’y a que des averses ? »
Yung Poor Alo nous laisse sur une mélodie balancée entre mélancolie et légèreté. Une ambivalence qui habite l’album du début à la fin.