Y’a quelques mois je vous avais évoqué mon attrait pour le cinéma et ainsi présenter une idée de série d’articles. Vous l’avez lu dans le titre, l’idée n’est pas morte dans l’œuf, on est reparti pour parler bonne zic et bon film.
Pour le premier de la série j’avais évoqué deux projets qui mettaient en avant la mélancolie et l’amour… Thème qui va encore nous guider aujourd’hui mais d’une manière différente.

Pour présenter les deux élus, je ne peux que vous les annoncer dès le début tellement des parallèles se créent facilement. C’est deux projets qui sont devenus culte mais qui n’ont pas reçu le succès commercial qu’ils méritaient à leur sortie, un protagoniste qui devient ce dont il rêvait, un « duo » artistique et de l’amour. Peut-être que certain en ont eu un, voire les deux, en tout cas pour les autres j’ai choisi pour ce début d’été de parler de l’incroyable album RADIO SUICIDE et du chef-d’œuvre TRUE ROMANCE.
Je vous évoquais tout à l’heure l’amour et ses différentes dérives comme principal fil rouge et c’est exactement comme ça que je vais vous présenter ces deux œuvres qui valent le détour. Mais avant d’évoquer tout ça, passons par la case « présentation » pour que vous ayez un minimum de contexte.
RADIO SUICIDE – Makala & Varnish La Piscine

Radio Suicide, c’est un album concept du rappeur Makala et du producteur/rappeur Varnish la piscine, sorti en 2019.
Ils proposent un format très libre pour la scène francophone, en mêlant une forte identité artistique qui mélange le rap et le rnb, des morceaux plutôt longs et denses, qui s’inscrit hors des formats qui sortaient à ce moment-là, pour donner vie à une œuvre unique, une radio fictive où tout est permis.
TRUE ROMANCE – Tony Scott (& Quentin Tarantino)

True Romance, c’est un film américain sorti en 1993, réalisé par Tony Scott sur un scénario original de Quentin Tarantino (et Roger Avary).
Ce thriller romantique mêle action, road movie et culture pop dans un récit centré sur Clarence, un vendeur de comics passionné de cinéma, qui tombe amoureux d’Alabama, une call-girl. Après avoir tué le proxénète de cette dernière, il s’enfuit avec elle et une valise pleine de cocaïne. Le couple part pour Los Angeles afin de vendre la drogue, mais se retrouve traqué par la mafia et la police.
Le film se distingue par ses dialogues percutants, son casting impressionnant (Christian Slater, Patricia Arquette, Gary Oldman, Dennis Hopper, Brad Pitt, etc.) et son ambiance rythmée, influencée par les séries B et les références pop. Malgré un accueil commercial mitigé à sa sortie, True Romance est devenu un film culte avec le temps.
Maintenant, qu’on a toutes les bases, penchons-nous sur les multiples similitudes que je perçois entre ces deux œuvres et pourquoi, d’après moi, quelqu’un qui kiff l’une de celles-ci a de fortes chances d’apprécier aussi l’autre. Bien sûr, je vais donner des éléments mais je vais tout faire pour éviter de spoiler (spoil : j’y arrive). Peut-être que je sur-interprète, sans doute, mais après tout… c’est aussi ça d’aimer les œuvres : les faire résonner.
– Histoire(s) d’amour
L’un des points évidents qui lient nos sujets, que j’ai même déjà évoqué en intro, c’est l’amour et son importance dans le récit de chacun.
Dans l’album de nos deux suisses, même si Makala évoque son rapport aux femmes dans la plupart des chansons, seulement 4 morceaux dépeignent vraiment des relations amoureuses : Brigitte Barbade, Nice Smile , Outro et Sad Boy. Les deux premières évoquent deux moments distincts dans une relation, Brigitte Barbade dépeint un début de relation mal vue mais plein d’espoirs, là où Nice Smile montre une partie de la relation moins idyllique :
« Je sais que j’abuse, toi aussi t’abuses
Elle me donne du love mais j’ai de la peine à sortir de ce mood »

Mais c’est Sad Boy et Outro qui dans notre cas m’intéressent. L’outro étant presque la finalité logique de Sad Boy… Je m’explique.
Dans le Sad Boy, notre rappeur endosse le rôle d’un escroc séduisant. Il ment pour plaire, s’imagine une vie de gangster pour que lui et les femmes qu’il drague échappent à la banalité de leur vie.
« Je lui dis de pas me suivre car la mafia me cherche
Devine la suite elle s’accroche à ma veste
J’suis sûr qu’elle sait que j’raconte que d’la merde
Mais sa vie d’avant était trop galère »

Dans le film, Clarence est aussi un passionné de cinéma et comme tout fan du 7e art, il s’imagine dans les univers de ses œuvres préférées. Sauf que pour lui, être recherché par la mafia devient vrai après sa rencontre avec Alabama (qui se déroule pas comme prévue). Tout ce qu’il fait dans le film, après sa rencontre avec celle-ci, il le fait pour elle, il est guidé par la passion quitte à changer pour protéger cette flamme.
Par amour, il irait se mettre à dos la mafia, par amour il pointerait une arme sur quelqu’un, par amour il quitterait le pseudo confort de vie qu’il a, par amour il irait risquer sa vie, l’amour ça change des gens et Clarence en est la preuve. Le film est présenté comme un Bonnie and Clyde moderne mais je préfère une autre accroche qui résume parfaitement l’ambiance du film :
« stealing, cheating, killing who said romance is dead »
J’aimerais vous évoquer OUTRO et les parallèles possibles avec le film mais ça serait vous spoiler des parties du film. Je l’ai pas dis dès le début mais on fait travail collaboratif, certains liens se tisseront que lorsque vous serez imprégné des deux œuvres. Je pourrais vous donner toutes les infos mais ça serait vous gâcher l’expérience.
Sur ce passons à un autre aspect de l’amour tout aussi présent :
– L’Amour propre
Qui dit Makala, dit forcément « egotrip », l’un des meilleurs dans ce registre (avec Huntrill) sur la scène francophone, en témoigne les deux premières phrases de Roi De La Floride :
« Bon, qui est l’fils de pute qui pensait rapper mieux qu’moi ?
M’man a sauvé l’monde en deuspi, ça a pris qu’neuf mois »
Il est dans la combativité tout en restant conscient de sa situation mais confiant vis-à-vis de son ambition. Si on s’autorise un petit bond après la sortie de son 2e album CHAOS KISS, il avait proposé publiquement un featuring à BOOBA pour voir qui était le meilleur (le big boy mak se considérant comme l’un de ses plus légitimes successeurs). Même si il n’a pas reçu de réponse, peu de gens ont osé clasher premier degré le Duc.

Clarence est bien sûr moins dans cette démonstration, mais cette assurance de se dire qu’il peut confronter des trafiquants de drogues et des proxénètes pour l’Amour (l’Amour qui a bien sûr décuplé cette confiance en soi). Nos deux protagonistes mettent en avant leur valeur et se battent pour garder cette confiance qui leur permet d’atteindre des objectifs déments.
Clarence à Drexl« Si je mange rien, c’est que j’ai pas faim. Si je m’assoie pas, c’est que je reste pas. Si je regarde pas, c’est que j’ai déjà vu ce film […] je déteste marchander. Dans cette enveloppe, y’a le prix de ma tranquillité; ma tranquillité elle vaut ça et pas un penny de plus. »
Si on se remet bien en tête le trame de True Romance, c’est un gars qui, par amour va tenir tête à des trafiquants et proxénètes, c’est premièrement l’amour et la passion qu’il porte à Alabama qui le change, le rend « invincible » ainsi que son ego, il se bat pour la vie que LUI veut mener, que EUX veulent mener. On pourrait se dire aussi qu’il met son amour propre de côté pour se battre pour leur cause commune mais personnellement quand je vois sa « condition », son « mode de vie » totalement lambda au début du film, pour moi, il a vu une opportunité d’enfin se libérer, d’avoir un sens à sa vie et de s’y donner à fond.

Je pourrais conclure maintenant (parce que je vais pas non plus écrire un roman, je suis pas payé je le rappelle) mais il y avait quand même un dernier point un peu « méta » que je voulais aborder :
– L’amour pour la culture
Pour ce point-ci on va prendre du recul et sortir de l’œuvre en elle-même, mais plutôt évoquer l’aspect créatif autour et avant. TRUE ROMANCE et RADIO SUICIDE sont des œuvres faites avec passion par des passionnées dont à chaque fois 2 créateurs sont à l’initiative :
– Makala et Varnish La Piscine (ou Pink Flamingo)
– Tony Scott et Quentin Tarantino (et aussi Roger Avary)
Chacun avec un rôle « défini », l’un écrit et donne de la profondeur, du fond quand l’autre créé la forme, créé l’enveloppe qui met en avant les histoires.
Makala et Varnish, compères depuis le début des années 2010, ont forgé leur album ensemble, comme pas mal des projets de la discographie du Mak’ et comme pas mal de leurs projets on les retrouvent avec le même entourage créatif. Leurs acolytes de la SuperWak et l’ingé son Théo Lacroix (Mr.Lacroix) étant primordiaux à la conception de leurs discographie. Dans la musique, il n’y a jamais vraiment de recette mais comme souvent, ils ont fusionné leurs idées et leur façon de travailler, dès le début de la conception, pour aboutir à leur vision.

Tout l’inverse de True Romance, ici le projet nait dans la coloc’ de Roger Avary et Quentin Tarantino, ce dernier cinéphile affamé et travaillant dans un vidéoclub s’imagine un jour faire parti de la famille du 7e art. Il profite alors d’une occasion de Roger, qui l’autorise a retravailler un scénario qu’il n’a pas pu finir, mais notre cher Quentin part dans tous les sens et loin de l’idée de base mais avec une multitude d’histoires et de personnages plus intéressants que les autres.
Cela lui pris plus d’un an, mais au vu de la densité de son scénario, avec l’aide de Roger ils vont l’alléger et pour en garder la trame principale, la plupart des idées non retenues se retrouveront dans les premiers films de Tarantino. Mais revenons à où nous étions, c’est bon nos deux acolytes tiennent leur histoire, leur pépite, dans un élan de motivation ils montent un dossier, se renseigne sur les coûts, le temps de tournage, … jusqu’à tomber sur un producteur qui adore l’idée et récolte assez d’argent pour que leur film amateur devienne une grosse production, manque plus qu’un réalisateur qui correspond et qui aime ce projet, et après maintes et maintes galères, l’envie de Tony Scott pour réaliser ce scénario lança enfin le projet.
Le réalisateur de Top Gun ne touchera quasiment pas au scénario, s’occupant principalement du rendu à l’image, apportant une vision qui beaucoup plu à Tarantino une fois le film terminé.

Pour revenir au façonnage du scénario, la patte Tarantino, c’est le fun, c’est la violence, des persos singuliers, des univers marquants et des films sans limites de genres ultra référencés. Quand on fait de l’art on ne créé jamais vraiment, on refaçonne des idées qu’on a vu ou entendu, selon ce qui nous a touché. Et du coup quand un mec qu’a passé sa vie à regarder des films jusqu’à travailler, tous les jours, là où on les vend, lorsque vient l’étape de créer, « refaçonner » alors le champ des possibles et des idées est infini. On le ressent dans chacun de ses films, ainsi en écrivant cette histoire, le natif de Knoxville, nous recrache de façon plus digeste des centaines de films d’action, de films policier, de romance, de thriller, de comédie noire et de série B. Des inspirations conscientes ou non, mais impossible à toutes déchiffrées sauf en étant dans sa tête et encore…
Pour revenir à deux de nos suisses préférés, l’inspiration joue une grande part chez eux aussi. Varnish La Piscine se voyant comme un enfant de Pharrell Williams et Tyler, the creator, (de nos jours reconnus par les concernés au vu des photos qui ont circulées) tout en gardant sa patte où le chant et le rap se mêlent sur des productions intemporelles marquées autant par la pop des années 80, que le rap des années 90, que le groove et la funk des années 70.
Makala quand à lui, étant un pur produit du rap du début des années 2000 où les punchlines et le storytelling régnaient. Ils partagent à eux un amour du 7e art via l’importance et l’attention qu’ils apportent à leurs clips et à leurs visuels (Varnish a même réalisé un moyen-métrage pour faire BO), enchainant les références à la pop culture quand l’occasion se présente.

Big Boy Mak de Makala« Si tu veux du show, baby, on t’le garantit nous
XTRM Tarantino, XTRM, on n’est pas gentils nous
T’as pas d’manières, arrière, step back, on veut pas d’ça chez nous
Violent comme Bane, courtois comme Bane «

Civilisation de Makala« J’suis sur l’dancefloor avec de belles femmes
J’danse pas beaucoup mais j’suis en pleine forme
La fièvre du samedi soir, j’suis chaud comme Travolta
J’ai qu’a claquer les doigts pour qu’on s’barre autre part «
Pour conclure, ces deux œuvres sont arrivées à un tournant de leur époque artistique, mettant leur pierre à l’édifice à un nouvel ère en devenant culte avec le temps grâce à des scènes maintenant mythiques (« La Sicile » ceux qui savent… savent) ou des prods qu’ont cassées les barrières.
TRUE ROMANCE (et par la suite le cinéma de Tarantino) mettant sur le devant de la scène l’ultra-violence mêlé à une certaine légèreté et une ouverture aux films « hybrides » où les différents genres s’entrecroisent.
RADIO SUICIDE, lui ,à une moindre échelle, a influencé dans le rap francophone, le « retour » des albums concepts, des directions artistiques marquées (mêmes visuelles) et l’ouverture aux albums singuliers où les genres s’entrecroisent…comme pour True Romance, on dirait bien que la boucle est bouclée.

J’espère que ça vous aura plu j’ai testé un autre format, bien sûr il reste plein de choses à dires mais si vous avez kiffé, vous trouverez les autres parallèles par vous-mêmes. Que dire de plus, … si vous êtes fan de Pulp Fiction, Baby Driver ou du prochain GTA (je tente un preshot), foncez regarder TRUE ROMANCE.
Si vous êtes fan de Tyler The Creator et de H JeuneCrack, foncez écouter RADIO SUICIDE et les discographie de Makala et Varnish La Piscine.
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