Sombre Clair

2025, nous y voilà. Cela fait maintenant plus d’un mois que 2024 est terminé, et l’on peut inévitablement désigner les projets qui nous auront fait vibrer cette année. Et on peut dire qu’on a bien été servis. On peut notamment citer Zamdane, avec son très réussi Solsad. Mais aussi Bekar, qui a publié la réédition de Plus fort que l’orage ou bien même B.B. Jacques qui continue son beau parcours avec Blackbird.

Du côté plus « mainstream », on a eu droit à de beaux projets, comme À la vie à la mort de SDM. L’autre rappeur à trois lettres, du nom de SCH, a conclu son opus JVLIVS à merveille. Tandis que Tiakola nous a régalé avec sa mixtape BDLM VOL.1 en invitant bon nombre de jeunes artistes.

Et si, malgré tous ces bons projets précédemment cités, je vous disais qu’il y en avait qu’un à retenir. Et qui selon moi, est le plus réussi de cette belle année qu’a été 2024 ? Cet album, c’est Dolo de NoSnow.

Cover de Dolo par Jonathan Samson

Mais qui est NoSnow ?

NoSnow est un jeune rappeur franco-iranien, originaire du 15eme arrondissement de Paris. Il a bénéficié d’une éducation bilingue. De ce fait, il maîtrise le français et l’anglais. Il publie son tout premier projet en anglais « 555 », à 16 ans seulement. Puis enchaîne ensuite avec deux autres projets, en français cette fois, « Nets » et « GLS ». Ces trois projets sont malheureusement introuvables aujourd’hui. Mais cela nous en apprend déjà beaucoup sur lui. Le rappeur parisien, âgé de 21 ans, utilise beaucoup d’anglicismes dans sa musique. Cela montre bien l’influence que l’anglais a eu sur lui. Que ce soit dans ses textes, dans sa manière de rapper ou bien même pour le choix de son nom de scène.

En 2022, NoSnow publie le projet Playoffs. De la cover à son titre, en passant par ses lyrics, on ressent déjà bien ses influences. Notamment, le basket et la culture américaine. Et c’est quelque chose que l’on retrouvera encore dans Dolo. Ce projet est porté par de très bons titres comme La prise, Le Corbeau ou Ese. Ce n’est certainement pas le projet le plus abouti de NoSnow, mais il reste tout de même important. C’est avec Playoffs que le jeune rappeur pose les bases de son art.

En 2023, NoSnow publie, à quelques mois d’écart, deux EP’s de quatre titres chacun : 478 Hotline et Ipanema. Tout comme Playoffs, ces deux projets ont une place importante dans sa discographie. Le premier, 478 Hotline, continue de poser les bases du style de plus en plus affirmé de NoSnow. Dès l’intro, on sent qu’il a encore affiné son art. Ses textes sont moins clairs qu’avant et les thèmes sont plus sombres. De plus, il y a toujours autant de mystères qui planent autour de l’artiste. Avec ce nouvel EP, on peut d’autant plus rapprocher son style du mumble rap.

Le mumble rap est un sous-genre de la trap qui est caractérisé par des textes qui peuvent sonner totalement incompréhensibles. En anglais, mumble signifie « marmonner » ou « bredouiller », d’où son nom. Les thèmes sont souvent la drogue, l’argent, les bijoux, etc. Ce sous-genre trouve son origine aux Etats-Unis, avec des rappeurs comme Wiz Khalifa, Gucci Mane ou surtout Future.

Le rappeur Future, par Prince Williams, Wireimage

On reconnaît donc encore bien l’influence des States sur le jeune rappeur français. Personnellement, l’écoute de ce projet m’a beaucoup fait penser à BU$HI. Et cette ressemblance est d’autant plus juste, car NoSnow a posé un couplet sur le Grünt de BU$HI. Il n’est cependant pas présent à la vidéo. Récemment, il a aussi été invité sur un featuring avec Mussy, le petit protégé de ce dernier. L’EP 478 Hotline marque donc les prémices de Dolo, par son style, son identité et ses sonorités.

Le deuxième EP, sorti le 18 août 2023, est lui, beaucoup plus solaire. Le style mumble rap de NoSnow est toujours autant affirmé, mais les sonorités sont plus chaudes. On y retrouve beaucoup de guitare, rajoutant encore plus d’émotion. Sonnant comme une balade mélancolique d’été, Ipanema est un projet bien plus introspectif. Le côté très solaire se retrouve aussi dans la cover et le titre du projet. En effet, Ipanema est un quartier au sud de la ville de Rio de Janeiro, au Brésil. Il possède l’une des plages les plus belles et connues du monde. Ipanema est surtout le berceau de la bossa nova, célèbre genre musical brésilien, utilisant lui aussi beaucoup de guitare. L’Ipanema de NoSnow nous révèle donc que les intérêts du jeune artiste s’étendent bien au-delà du rap et des États-Unis. Il lui permet d’explorer de nouvelles sonorités et un nouveau style, tout en construisant sa patte musicale, si chère à Dolo.

Ainsi, ces deux EP’s de NoSnow, 478 Hotline et Ipanema, la nuit et le jour, ont brillamment ouvert la voie à l’excellent projet qu’allait être Dolo.

Dolo, l’album de l’année 2024 ?

Nous y voilà enfin, le 14 juin 2024, NoSnow publie Dolo, son tout nouveau projet. Après une communication discrète quant à la sortie de ce projet, sa qualité reste néanmoins indéniable.

Mais tout d’abord, que signifie ce titre mystérieux ? L’expression Dolo vient de l’anglais. C’est l’abréviation de « down-low », qui signifie secret ou secrètement, de telle façon que seul un petit nombre de personnes soient au courant de quelque chose. Ce titre insiste donc bien sur le fait que le jeune rappeur désire plutôt rester underground. Il veut simplement faire sa musique de son côté, pour son public. Enfin, « dolo » peut aussi exprimer le côté indépendant de sa musique. La cover de son projet insiste encore un peu plus sur ce titre. En effet, celle-ci représente le rappeur, seul, face à nous. Sauf que son visage est complètement masqué par une ombre. Ce choix de photo et de couleurs très sombres permet d’insister sur le fait qu’il y a encore un manque de lumière sur sa musique.

NoSnow dans le clip de Guap 2X

Dolo est donc le quatrième projet du rappeur parisien publié à ce jour. Il est long de 17 titres, et contient notamment un featuring avec J9ueve. La majorité des titres (8) ont été produits par le beatmaker Sinaï. On peut aussi noter la présence de Snypes. C’est un beatmaker parisien ayant travaillé avec le rappeur américain Yeat ou encore BU$HI justement. Il est d’ailleurs présent seul sur le dernier titre de l’album, Burning Down, concluant le projet en beauté. On notera également que la plupart des titres des morceaux sont en anglais, appuyant encore un peu plus ses influences. C’est peut-être une façon de s’étendre à l’international.

Mais alors pourquoi considérer Dolo comme LE projet de l’année ?

Je n’ai pas reçu une claque immédiate à l’écoute du projet de NoSnow. À la première écoute, j’ai été un peu surpris. Je n’étais pas totalement enchanté par la proposition du rappeur, que j’avais découvert avec Playoffs. Mais il faut croire que je n’étais juste pas dans les bonnes conditions lors de cette première écoute. Aujourd’hui je peux dire sans aucun doute que c’est mon projet préféré de l’année, et ce pour de multiples raisons.

S’il peut paraître difficile d’accès au premier abord, Dolo est pourtant un projet accessible à tous. Pour ceux qui se concentrent avant tout sur les mélodies et les ambiances que peut proposer un rappeur, alors la musique de NoSnow est faite pour vous. Les personnes qui se concentrent plus sur le texte, et donc les lyrics, trouveront aussi de quoi leur plaire. Il est vrai que le rappeur reste fort attaché au mumble rap dans son projet. Cependant, il est tout de même parsemé de références et de très bonnes phases. Et celles-ci plairont à tous ceux qui sont attentifs aux textes.

NoSnow par @lou_bet

L’énergie de Dolo

Un des points forts du projet de NoSnow est sans aucun doute ses prods. Ceci s’explique par le choix chirurgical de celles-ci et le talent des beatmakers ayant travaillé sur cet album. La présence de Sinaï sur la majorité des instrus permet aussi de profiter d’une ambiance et d’une énergie globale exceptionnelle. C’est aussi lui qui a mixé l’entièreté du projet, et cela se ressent ! Le rappeur, laissant beaucoup de place aux productions des beatmakers, nous offre un résultat planant, voir envoûtant, qui ne laissera personne indifférent. L’exemple le plus parlant est le track « Heros », où NoSnow laisse toute la place à la prod durant de longues secondes, avant de rentrer dessus en héros, accompagné de drums précises et percutantes. L’énergie planante, envoûtante et parfois même psychédélique est ce qui m’a le plus plu sur ce projet. Cette énergie globale du projet, empreinte de légèreté, permet de l’écouter dans n’importe quelle condition.

Le talent de NoSnow

Si ce projet est aussi réussi, c’est également grâce au talent de l’excellent rappeur qu’est NoSnow. En seulement quelques projets, le rappeur a réussi à créer sa propre recette, faisant de lui un artiste singulier. Son style et ses influences donnent à sa musique des sonorités que l’on a peu l’habitude d’entendre aujourd’hui dans le paysage du rap français. De plus, il a réussi à créer une véritable identité musicale, et malgré le fait qu’il se met peu en avant, il a une attractivité indéniable, qui ne laissera personne indifférent. Si son style n’est pas accessible à tous, il est vrai, le jeune rappeur a cependant un énorme potentiel et la possibilité de plaire à un grand nombre de personnes par ses influences, son flow, sa capacité à s’adapter et, justement, son style de musique novateur. Dolo est donc avant tout une promesse que NoSnow nous fait pour l’avenir. C’est un bon rappeur, il nous l’a prouvé avec ce projet, et maintenant il est prêt à passer aux choses sérieuses.

NoSnow sur Spotify

La stratégie commerciale

Enfin, le dernier point qui fait de Dolo un projet si réussi, ce sont tous les éléments extérieurs qui l’entourent. Pour promouvoir sa musique, NoSnow a décidé de faire simple. Il fait peu de communication, préférant laisser parler le talent plutôt que de promouvoir ses projets via différents autres canaux. On l’a encore peu entendu adresser la parole. Il faut aussi peu de clips, ce qui pourrait mettre en avant sa musique, favorisant les visuels travaillés et épurés, bien que rares. Il met certes peu en avant sa musique, mais cela n’a pas empêché de taper dans l’œil d’artistes installés, comme on l’a vu avec BU$HI. De plus, sa stratégie permet à ses auditeurs de se sentir privilégiés, comme si eux seuls avaient le droit d’écouter la musique de NoSnow. Finalement, il aura réussi son pari du « down-low ». La boucle est bouclée.

NoSnow sur Deezer
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