Sombre Clair

Un Lyonnais de 17 ans seulement, mais qui a tout d’un hustler vivant au sein d’une row house dans le nord de Philadelphie. Telle pourrait être la description simpliste du jeune rookie JSNKOGZZZ. Auteur d’une double apparition remarquée au sein de la toute dernière mixtape Vanguard de Bryan Countach, le jeune artiste du 69 a su se démarquer de par ses sonorités Outre-Atlantique et des lyrics percutants. IGREK s’est entretenu avec lui pour en apprendre plus sur son travail. Une curiosité débordante, Freeze Corleone et son amour pour les Etats-Unis, rencontre avec un jeune artiste talentueux, qui a encore tout à prouver. 

Le rap US comme schéma

Depuis petit, et depuis son 6.9 natal, JS s’intéresse au son, en long, en large et en travers. “J’ai commencé la musique sans personne, on ne m’a pas poussé. Je suis un gros matrixé de son depuis longtemps, et ce, déjà depuis tout petit. J’avais une tablette et je faisais que de regarder des clips dessus, ça a vraiment baigné mon enfance” explique t-il. Des premiers coups de cœur trouvés de son côté, avec des artistes, certes récents pour la plupart, mais qui ont façonné son enfance ainsi que son adolescence. Malgré son jeune âge, il se tourne vers les Etats-Unis et se prend d’admiration pour les travaux de Pooh Shiesty, ou encore Lil Uzi Vert. Mais ce ne sont pas les seuls, toute la génération SoundCloud qui apparaît par la suite, portée par les innombrables rappeurs au préfixe “Lil” devient un centre d’intérêt majeur pour le jeune enfant de l’époque : “C’était à un âge où j’avais 8/9 ans, tout le monde était sur YouTube, et mon délire c’était de regarder ça”. Un virage musical américanisé qui n’est pas anodin, puisque qu’à chaque trajet véhiculé, son père lui encensait les oreilles avec quelques grands noms à l’instar de 2Pac, Biggie ou encore Lil Wayne. 

En grandissant, JSNKOGZZZ et ses racines musicales se sont donc naturellement tournées vers les States. Tout en continuant de puiser dans cette curiosité juvénile et dans ce désir d’explorer les tréfonds de YouTube, il découvre un genre qui va drastiquement changer sa manière de composer.  “Il y a un an et demi c’est la Philly qui m’a marqué. J’ai vraiment accroché au délire de OT7 Quanny et Skrilla. À ce moment-là, la scène de Philadelphie était en pétard. C’est cette mouvance qui m’a donné envie de me lancer sur les plateformes et de faire les choses sérieusement”, conscientise le rappeur. 

La Philly comme schéma, un style unique, qui n’est que très peu démocratisé dans le rap francophone. JS le choisit comme créneau principal, il l’adapte en s’appuyant sur ses références et sur un flow bien imagé. Avec une vocation claire et précise qu’il explique lui-même : “J’essaye d’affiner ma patte, histoire que tu te dises que quand t’entends un son, que c’est JS qui l’a fait et pas quelqu’un d’autre.” 

Un seul mot d’ordre : référence 

Une musique reconnaissable, et qui parle au plus grand nombre, telle est la vocation du jeune lyonnais : “Ce que j’aime véhiculer, c’est le rassemblement à travers des références communes, du rappeur que t’écoutais à la mort il y a 5 ans, jusqu’au footballeur qui te faisait kiffer en 2013. Mon but, c’est qu’on se remémore des souvenirs en écoutant mes sons.” 

Des références, qui s’érigent ici comme maître-mot pour l’artiste, mais cette volonté n’a pourtant rien d’anodin. 

Le confinement oblige, JS s’adonne alors à ses habituelles découvertes auditives, et il se prend de plein fouet les lyrics de Freeze Corleone, ainsi que ceux de son acolyte de toujours Osirus Jack. Les deux artistes français ont déclenché une certaine admiration de la part du rappeur. Au point où JS en sera même influencé jusque dans son écriture : “Il donne beaucoup de références, par forcément qu’au rap, mais aussi au sport, aux films, et c’est vraiment cette touche qui m’avait choqué. C’est le cas aussi pour Osirus, c’est des refs, du rap technique, c’est vraiment ce que je kiff ! J’étais vraiment influencé par eux, j’écrivais beaucoup en “comme”, c’est les vraies premières techniques d’écriture que j’ai utilisé, mais je me suis dis que je ne pouvais pas me calquer sur ce modèle tout le temps”. 

Mais JS le sait, pour perdurer, il faut qu’il se construise seul, il faut qu’il étoffe ses connaissances. De nature extrêmement curieuse, il poursuit ses recherches sur différents domaines et acquiert aujourd’hui un bagage culturel conséquent pour un jeune homme de 17 ans. “C’est vraiment mes expériences persos qui font le boulot, tu vois par exemple, je peux avoir une passion qui va durer 2 semaines, je vais grave creuser le truc et j’vais finir par placer une référence dans un son, c’est vraiment ce qui fait vivre ma musique.” constate-t-il. Une manière de composer, entre références, et flow très imagé, qui lui permettent de donner du corps à ses compositions. Hormis le fait de vouloir raviver des souvenirs chez chacun de ses auditeurs, JS veut aussi ouvrir son spectre, et ne pas se cantonner à toucher un public restreint : “Pour moi, tout le monde, que ce soit de mon âge ou de cette génération-là, peut se retrouver dans ma musique, malgré le fait que ce soit des sonorités qui ne sont pas forcément communes”.

Vanguard, un tournant tant musical que stratégique

Le 27 mars dernier sort la mixtape de Bryan Countach. On y retrouve quelques têtes bien connues des amateurs de rap, tels que Bu$hi, SheriffLaZone, ou encore ThaHomey. Au milieu de tout ce beau monde, un nom méconnu se faufile, celui de JSNKOGZZZ. “Avec Bryan, on s’est connecté en novembre dernier. Il m’a découvert avec les édits que je faisais sur TikTok, et on s’est branché sur Insta ensuite. Deux semaines plus tard, j’étais en studio avec lui sur Paris. Lors de cette rencontre, c’était plus l’aspect humain qui primait, il voulait savoir comment je fonctionne, et pareil pour moi”, explicite celui que personne n’attendait ici. Et pourtant, le résultat est sans équivoque, TPLG se hisse actuellement au sein des 5 sons les plus écoutés du projet, de quoi donner du crédit au jeune rappeur lyonnais. 

La connexion entre les deux artistes s’est faite de manière naturelle, et a mené à la création de quelques sons en studio. Cependant, les deux sons présents sur Vanguard (TPLG et Checkpoint en featuring avec StackHundos, un rappeur londonien) ont été produits par le rappeur lui-même : “Ce sont des enregistrements que j’ai produits depuis ma chambre, sans matériel spécialisé, sans artifices. C’est du Band Lab, qui a ensuite été retravaillé au niveau du mix pour être audible pour une mixtape professionnelle”. 

L’apport de Bryan ne se ressent pas uniquement sur l’aspect musical, il va plus loin que la simple collaboration en studio. Depuis Vanguard, les deux artistes travaillent ensemble d’une certaine manière. A l’instar d’un mentor, l’auteur de la mixtape est force de conseils pour JS, notamment “sur la direction artistique, sur les stratégies de communication et la manière de sortir mes sons. De mon côté, j’essaye juste de faire de la bonne musique”, révèle le rappeur. 

Un aspect que JSNKOGZZZ souhaite développer, ce manque lui a d’ailleurs causé du tort puisqu’il a récemment archivé la plupart de ses sons des grandes plateformes de streaming. Malgré ses connaissances et cette soif d’apprendre, l’artiste est encore jeune, et a donc beaucoup à apprendre : “Franchement, je les trouvais pas mauvais ou quoi, ils étaient même cools. Ça m’arrive d’en réécouter certains, mais le problème, c’est qu’ils faisaient trop peu de streams. La manière dont je les ai sortis, ça a mal été géré”. C’est dans ce contexte qu’apparaît l’aide précieuse de Bryan, telle une relation de canalisateur, qui pourrait mener à de futures collaborations entre nos deux protagonistes : “En fait, il est un peu là pour “me remettre en place”, parce que j’ai tendance à vite m’éparpiller. Et notre “relation” marche bien, d’ailleurs, on va sûrement sortir quelque chose bientôt”.

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