Dans le cadre de la sortie de leur dernier EP « Frost Planet » ce lundi 27 janvier et de leur première mixtape qui vient d’être annoncée pour mai 2025, le duo 3.25 nous accorde une interview pour répondre à toutes nos questions. Avec une belle année 2024, ponctuée par la sortie de quatre projets, trois singles, une Boule Noire complètement Sold Out et un mantra particulier : Tempus Fugit, nous avons hâte de découvrir sur quelle(s) planète(s), nous faisons aujourd’hui escale à leurs côtés.
1. Premières notes : Quand les deux mondes se rencontrent
Très brièvement, comment vous présenteriez votre musique à quelqu’un qui ne l’a jamais entendu ?
Ce qu’on a l’habitude de dire, c’est qu’on fait du rap sur de la musique électronique, et particulièrement celle inspirée des synthétiseurs vintage. Caricaturalement, la rencontre entre Jean-Michel Jarre et Alpha Wann. Ce qu’on aime, c’est mélanger une base rap très actuelle avec une atmosphère rétro, presque intemporelle.
Au départ, qu’est-ce que vous avez vu chez l’autre qui vous a fait vous dire : “C’est avec cette personne que je dois créer quelque chose de singulier” ?
On a commencé par être amis avant de travailler ensemble. La première chose qu’on a vue l’un chez l’autre, c’est cette amitié. Musicalement, ça a été très progressif. On s’est construit dans notre manière de créer ensemble. À l’époque, on était mauvais chacun de notre côté, mais émerveillés par ce qu’on faisait. Aujourd’hui, cette complémentarité est encore là : l’un est plus technique, l’autre plus artistique et créatif. Tout s’est aussi construit autour de l’humour, de notre amitié, et du fait qu’on partageait une passion commune pour la musique avant même de penser à un projet concret.
En quoi êtes-vous différents et complémentaires ? Qu’est-ce qui vous inspire le plus dans votre collaboration musicale ?
Pierre est hyper technique et va au bout des choses. Moi, je suis freestyle et ressenti, avec une grande ouverture musicale. Pierre était très analytique, même au début. Ce contraste, entre humour et amitié, structure et ressenti, crée notre complémentarité unique. Chacun apporte une vision différente : l’un excelle dans les mélodies et l’aspect technique, tandis que l’autre s’épanouit dans les rythmiques et l’intuition artistique. Ensemble, on équilibre structure et spontanéité.
2. Racines musicales : Quand les influences s’entremêlent
Est-ce vous sauriez donner un moment précis comme une première écoute marquante, un concert, une expérience particulière qui vous a chacun donné envie de faire de la musique ?
E.K. : Moi, c’était « Mort » de Damso avant Ipséité. Ce single m’a donné une gifle. Mes premières influences venaient de mes parents, comme IAM, NTM, Dr.Dre, Eminem mais ce titre a été un déclic.
Pierre : Pour ma part, c’était progressif : j’ai commencé sur le logiciel de MAO FL Studio avec des influences électro avant de plonger dans le rap et la trap. J’étais très inspiré par des figures comme Avicii ou Martin Garrix au départ. J’ai eu ensuite une grosse période avec du rap très caricatural comme par exemple avec Lacrim et ensuite dans un 3ème temps, j’ai développé mon envie d’écrire avec la scène parisienne et notamment Nekfeu, 1995 ou Vald.
Si vous deviez donner chacun 3 artistes qui vous ont grandement influencés et que l’on pourrait éventuellement retrouver ou pas dans votre ADN musical, lesquels choisiriez-vous et pourquoi ?
Pierre : Mike Dean pour son travail sur les synthétiseurs et ses vidéos de création en live.
E.K. : Alpha Wann est une évidence, car il a amené une forme parfaite dans le rap. Masayoshi Takanaka, un guitariste japonais, m’a initié à la fusion du jazz et du rock japonais. Et Flume pour ses mixtapes expérimentales comme Hi This Is Flume.
Pierre : Nekfeu, notamment avec Cyborg, pour l’émotion qu’il transmet. Enfin, Tif, pour son côté complet, tant musical que dans la gestion de carrière.
Si vous deviez choisir 1 album en commun, 1 album sur lequel vous êtes presque à 100% raccord ?
UMLA d’Alpha Wann. On l’a écouté ensemble en internat, et c’est devenu un classique pour nous deux. Ce projet nous a tellement marqué qu’on se le réécoute parfois juste pour vérifier qu’on est toujours au niveau.
Quel est le premier souvenir marquant où vous vous êtes dit : “Ce qu’on fait n’existe pas ailleurs” ?
Notre concert à la Boule Noire. On a proposé un show hybride entre rap et électro avec une vraie scénographie. On voulait créer une expérience immersive et montrer la complémentarité entre nos deux univers. Un autre moment marquant a été lorsqu’on a composé « Programme » pour Tempus Fugit. On y a mêlé disco 70’s, vocoder et couplets découpés, ce qui a défini notre ADN.
3. Fusion & Harmonie : Quand le style s’établit
Y a-t-il des thèmes d’écriture récurrents ou des sujets spécifiques sur lesquels vous aimez être particulièrement incisifs ou qui vous tiennent à cœur ?
On parle beaucoup de notre travail musical dans nos textes. Cela nous a permis d’être incisifs et d’expier ce qu’on ressent. On aime aussi parler de vérité, d’expériences personnelles et de ce que représente la musique dans nos vies. Pour nous, écrire, c’est une manière d’expier nos émotions et de transformer nos angoisses en art.
Quels sont vos points communs et vos différences concernant vos textes, votre posture ?
On est intransigeants sur la forme. Nos textes sont sérieux, mais notre marketing reflète notre humour. On reste nous-mêmes, on préfère rester vrais. Sur scène ou dans nos communications, on aime montrer qu’on fait tout nous-mêmes.
Y a-t-il des éléments spécifiques que vous aimez accentuer lors de performances en live ? Comment approchez-vous la scène ?
On veut que nos performances soient complémentaires à nos albums, avec une scénographie marquante. Chaque son en live est différent de sa version Spotify. On met aussi en avant notre côté instrumental et hybride, pour que le public ressente notre maîtrise des synthétiseurs et des machines.
4. L’alchimie créative : Quand les idées bouillonnent
Si on ouvrait votre studio pendant une session, qu’est-ce qu’on verrait ou entendrait en premier : un chaos créatif ou une organisation millimétrée ?
Un chaos créatif quand on est ensemble, mais une organisation millimétrée quand on travaille séparément. On passe beaucoup de temps à plaisanter avant de créer. En fait, c’est un mélange : des blagues, des moments de vide, mais aussi des éclairs de génie qui nous poussent à recommencer encore et encore jusqu’à être satisfaits. On passe du temps à structurer les sessions pour YouTube en amont avec un script.
Le dimanche soir, on a souvent l’habitude de planifier nos tâches. C’est aussi un lieu pour mettre en place notre stratégie. Et surtout, on a un langage unique entre nous, qui est souvent incompréhensible pour les autres.
Est-ce que vous souhaitez véhiculer des messages en particulier dans vos textes ?
Pas spécifiquement. On veut surtout que les gens ressentent ce qu’on écrit et soient immergés dans notre univers. Ce qu’on véhicule malgré nous, c’est qu’on peut tout apprendre et tout créer si on le veut vraiment.
5. L’identité visuelle : Quand l’imagerie dépasse les gammes
Quel clip ou visuel rêveriez-vous de réaliser, peu importe les limites de budget ou de technologie ?
Un clip dans l’espace, inspiré de la science-fiction et de l’esthétique Space Odyssey. Ceci étant, notre casquette de producteur au sens business fait que l’on a assez vite les pieds sur Terre d’un point de vue financier. On aimerait beaucoup explorer l’animation et les univers futuristes qui combinent visuels rétro et technologie moderne. On pense à Dune 2 pour les effets sonores par exemple ou Blade Runner notamment. On vous recommande aussi l’anime de science-fiction franco-japonais Valérian et Laureline.
Pour bon nombre de vos pochettes d’albums/singles, on peut distinguer 2 silhouettes dans différents environnements. Pouvez-vous nous parler de cette volonté de créer un univers comme celui-ci ?
Ces silhouettes représentent notre binôme, souvent dans des environnements hostiles pour symboliser notre unité face aux épreuves. Cette esthétique reflète notre parcours dans l’industrie musicale, où on se bat pour exister, souvent contre vents et marées.
Quel est votre rapport à la création de contenu sur les réseaux sociaux ?
Primordial pour notre développement mais secondaire par rapport à notre musique. On crée des contenus engageants pour toucher un nouveau public. On a mis du temps à trouver une stratégie qui nous ressemble et qui soit efficace. On fait tout pour comprendre comment fonctionne l’algorithme de ces plateformes pour que nos actions en ce sens soient le plus impactantes possibles. Pour autant, des gros chiffres d’impressions sur une vidéo ne débouchent pas nécessairement sur des réelles conversions et on est toujours en recherche de la vidéo suivante pour proposer toujours plus de contenu de qualité et engageant.
6. L’avenir en vue : Quand le futur se dessine
Le single Neige vient de sortir ce lundi 13 janvier. On retrouve le mantra cité plus tôt en intro : Tempus Fugit. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Ce mantra, qui signifie « le temps passe/fuit », résume notre état d’esprit à l’époque : l’urgence de réussir, la nécessité d’évoluer, et l’idée que chaque instant compte. Après l’échec de notre deuxième album Encore à Paris, on a décidé de reconstruire notre identité musicale en se recentrant sur les synthétiseurs et l’univers rétro-futuriste qui nous définit aujourd’hui.
Ce projet était aussi une façon de structurer notre parcours en lançant deux EPs exploratoires avant de nous engager dans un premier grand projet long format. À travers Tempus Fugit, on a mis en avant notre complémentarité artistique et notre capacité à mêler rap et électro de façon unique. Encore une fois, le dessin animé Valerian et Laureline a ces questions autour du rapport au temps qui nous séduisent. Le vaisseau qui permet de voyager dans le temps s’appelle le Tempus Fugit.

Ce fut aussi une période de transition où nous avons adopté une approche plus professionnelle, structurant notre travail en créant notre propre structure et en affinant notre univers visuel et sonore.
Dans le single Neige, nous notons notamment un mélange d’émotions entre envie de réussite, peur de l’échec, remise en question existentielle. Qu’est-ce qui vous émerveille la vie à côté de la musique ?
Quand on parle de bonheur et d’accomplissement en dehors de la musique, on en revient toujours à cette dualité entre l’artiste et l’artisan. L’un trouve son équilibre en créant constamment, en structurant et en bâtissant, tandis que l’autre perçoit la beauté dans chaque détail du quotidien. A noter que les Grecs anciens plaçaient la notion d’artiste au dessus de tout et le mot ne se distingue pas du mot artisan.
Pierre est un artisan : il a besoin de produire, d’organiser, d’améliorer sans cesse. Sa satisfaction vient de la construction, de la progression constante et du fait d’apporter une structure aux choses. Pour lui, la musique, c’est avant tout créer un objet qui fonctionne et qui a un impact tangible.
E.K. lui, est un artiste dans son essence. Il est émerveillé par ce qui l’entoure, capable de s’arrêter dans la rue pour admirer un détail anodin et y voir quelque chose de grand. Il capte l’énergie du monde et la transforme en inspiration, trouvant son bonheur dans l’instant et dans la beauté du moment présent. Cette complémentarité entre artisan et artiste est ce qui fait en partie la force du duo. L’un structure et canalise l’énergie brute de l’autre, et ensemble, ils transforment ces visions en musique et en projets concrets.
Comment s’annonce 2025 pour vous ? Où pourra-t-on vous retrouver ?
Après cet EP Frost Planet sorti ce lundi 27 janvier 2025, on prévoit une mixtape en mai, suivie d’une tournée des festivals durant l’été, avec probablement une date à Paris en septembre. D’autres projets sont en préparation, notamment des collaborations et des visuels pour accompagner nos prochains morceaux.
Avez-vous d’autres artistes, réalisateurs, beatmakers ou autres à mentionner, que vous souhaitez mettre en avant ?
Iverrn, 6raw, Strike sont les 3 cavaliers de l’apocalypse avec qui on collabore étroitement. On souhaite mentionner aussi des talents émergents comme Sean et Chanje. Ce sont globalement les gens avec qui on va s’entourer pour la mixtape. On attend aussi avec impatience la prochaine sortie de BALL avec son prochain projet sur lequel on a été compositeurs.
Imaginons que dans 10 ans, un nouvel article soit publié sur votre duo. Qu’aimeriez-vous qu’on dise de vous ?
On aimerait qu’on dise de nous qu’on a pris la musique au sérieux et qu’on a contribué à son évolution. On écoute énormément de projets et on a souvent l’impression que beaucoup ne poussent pas leur musique au maximum de ce qu’elle pourrait être. Ce manque de rigueur nous frustre, et on veut prouver que l’on peut être exigeant sur la forme et la production tout en étant authentique.
Notre but n’a jamais été de juste faire de la musique, mais de la faire bien, avec une démarche rigoureuse et un vrai respect du son. Dans 10 ans, on voudrait être reconnus comme des artistes qui n’ont jamais fait de compromis sur la qualité et qui ont su marquer leur époque par leur sérieux et leur exigence artistique. On aimerait qu’on retienne notre intégrité artistique et notre capacité à repousser les limites du possible.
Pour écouter le dernier EP de 3.25 « FROST PLANET » :
© Photo de couverture par Juliette Beneytout