Sombre Clair

De l’ambition, KABBSKY n’en manque pas ! Avec ce premier album qui en appelle plusieurs, l’artiste des Hauts-de-Seine compte bien marquer de son empreinte le rap français. Il sort ce vendredi 29 mai son tout premier album, Le Poids de l’eau Vol.1. Un projet comportant 15 titres, où on retrouve quatre feats. Un mariage franco-américain avec Lil Got It, un morceau avec Roshi d’une douceur sans précédent pour Kabb, un titre avec l’homme du moment Kulturr et une track avec son gars 63OG. Dans un entretien pour IGREK, l’artiste angolais revient sur ce premier album, sa vie et sa carrière.

Ce dont on peut être sûr en écoutant KABBSKY, c’est qu’on ne s’ennuie pas. Chaque écoute nous fait ressentir des émotions différentes. La différence justement, c’est une tendance qu’on retrouve beaucoup dans cet album. Aucun morceau ne se ressemble. Chaque morceau à sa direction, et surtout, son style de prod. Cette diversité musicale, c’est un des éléments tenant le plus à cœur de l’artiste arrivée en France à 17 ans : “Je veux que la musique soit mon terrain de jeu, je ne veux pas que les gens me cataloguent, je veux qu’ils se disent : ce gars sait tout faire”. Si ça tient tant que ça au cœur de KABBSKY, parlons alors de cette diversité. En plus des prods trap sur lesquelles KBB pose habituellement, on retrouve des sons mêlant rock et trap comme sur « La guitare et les briquet », un morceau bouyon avec « La foule se déplace », une dimension plus électronique dans « Chardonnay ». Mais aussi un style tout nouveau pour lui avec « Hello hello hello » en feat avec Roshi : “C’est un registre qui est nouveau pour moi. Je suis content de faire des sons plus mélodiques”. Un morceau que personnellement j’écoute en boucle depuis la sortie de l’album, tant il est enivrant et planant. On retrouve aussi un son aux influences Amapiano avec « Like me ! ». Un titre dans lequel KABBSKY se livre grandement, où il rend hommage à ses origines : “Je voulais montrer que l’Angola m’inspire encore, c’est vraiment un clin d’œil à mon enfance. J’ai voulu que cette énergie se ressente aussi dans le clip”. 

Et qui dit volume 1, dit forcément volume 2. Petite exclu pour IGREK, le prochain volet devrait arriver avant la fin de l’année. Pour expliquer cette suite, KABBSKY évoque la nature. “Sur cet album, le thème était autour de l’eau, le prochain on parlera peut-être de la terre, celui d’après peut-être du ciel, du soleil…”. Qui dit album, dit forcément cover. On voit l’artiste debout sur une barque au milieu de l’eau.  KABBSKY revient sur sa signification. “Il faut lier la pochette de l’album au titre. Le poids de l’eau, c’est à la fois la charge mentale, l’ambition et les émotions. C’est un tout avec lequel nous devons vivre. Un poids qu’on porte sur nos épaules”. 

Le professionnalisme comme moteur  

Se décrivant comme perfectionniste lorsqu’il est en studio, KABBSKY l’assure : “la musique est un travail d’équipe”. “Avec mes beatmakers, on travaille ensemble. Quand, ils me présentent une prod, je vais toujours avoir quelque chose à redire pour que ce soit vraiment comme dans mon esprit”. À la question de savoir pourquoi ils étaient mentionnés sur la cover de l’album, l’artiste des Hauts-de-Seine est catégorique : “Je ne suis personne sans mes beatmakers, on mérite la même chose, c’est pour ça que leur nom est écrit sur la pochette. C’était important pour moi”. Présent dans la musique et ses sphères depuis de nombreuses années, notamment dans l’ombre de son ancien ami Jolagreen23, KABBSKY a découvert plusieurs aspects de l’industrie. “J’ai travaillé avec des artistes, et leur manière de faire ne m’a pas du tout plus. Il ajoute : “la bienveillance doit être présente, c’est ça être professionnel”.

Une relation professionnelle poursuivi dans les feats

La connexion avec Kulturr s’est faite automatiquement, c’était fluide. Nous et nos équipes se sont directement bien entendus”. Premier extrait de l’album, « Doucement » est sorti sur les plateformes avant que l’album soit dans la tête de KABBSKY : “je savais que ce morceau donnerait une couleur à l’album”, explique-t-il. Cette continuité, il l’a retrouvée dans le feat avec “son gars” 63OG, comme il le dit lui-même. La présence de 63OG sur ce premier album était comme une obligation pour l’artiste. “63 me représente énormément, il incarne mon évolution musicale. J’écoute beaucoup sa musique. Sa présence était plus que logique”. KABBSKY a poursuivi ce mantra dans ces autres feats, comme avec Lil Gotit, artiste américain. Cette présence internationale, le rappeur de 24 ans l’explique facilement : “Aujourd’hui la sphère underground française attire. Il est devenu de plus en plus facile de collaborer avec des américains”. C’est le beatmaker Gasco qui a permis cette collaboration entre les deux artistes, et qui donne un son de très bonne facture.

“Je suis là pour donner du bonheur aux gens, pour les divertir”

La confection du projet ayant duré près d’un an, l’artiste de Bois-Colombes a eu le temps de choisir avec parcimonies les morceaux qu’il a gardé pour que l’album soit le plus à son image : la joie. “Je suis là pour donner du bonheur aux gens, pour les divertir”. Il poursuit : “Je vais sans doute choquer,  mais pour moi, la musique n’a pas besoin nécessairement de défendre des causes. Elle est là pour permettre aux gens d’oublier leurs problèmes. Pourquoi je serai obligé de m’exprimer ?”. Un débat présent dans le rap depuis de nombreuses années. C’est vrai, on peut se demander de nos jours, encore plus qu’auparavant, quelle est la place du texte, de la dénonciation dans le rap ? Une question sur laquelle KABBSKY poursuit son analyse avec un point de vue plus que tranché. “Ceux qui défendent des causes sur les réseaux sociaux, qui font les Thomas Sankara se trompent. Ils ne le font pas pour la bonne cause, mais pour leur image”. Une idée qu’on retrouve dans ce projet, plus marqué par des flows, des placements et une immense énergie, que par des textes engagés. 

Un feat avec Jeune Morty abandonné

Sur Moshpit’xpérience, le projet qui annonçait Le Poids de l’eau VOL.1, l’artiste né en septembre 2001 raconte que l’EP présent sur les plateformes n’est pas celui qui était prévu. Un feat supplémentaire était prévu. En plus de la présence de Bianca Costa, Jeune Morty devait être là sur un son. Malheureusement, des incompréhensions entre les deux artistes ont fait tomber à l’eau cette collaboration qui aurait fait frémir nos oreilles. “Avec Jeune Morty, nous avons enregistré un feat. Du jour au lendemain, il n’a plus donné de nouvelles. Après plusieurs messages sans réponses, au moment de l’annonce du projet, on était obligé de faire sans lui. C’est à ce moment qu’il est réapparu. Ce sont des manières de faire que je n’aime pas”, explique-t-il.

Un passé devenu source d’inspiration

D’un état d’esprit toujours positif, KABBSKY a tout de même vécu des passages compliqués dans sa construction. Né en Angola, il a dû quitter son pays d’origine à 17 ans, lors du décès de son père diplomate entre l’Angola et la France. Cette arrivée sur un nouveau continent, en tant que mineur, a laissé beaucoup de séquelles. “Mon père aurait été fier de moi. S’il était encore là, je n’aurais pas fait de sons mais des études. J’étais l’enfant d’un homme riche. Son départ m’a obligé à être placé, je vivais seul, j’ai été obligé de payer mon loyer à 17 ans. Ça a eu un gros impact dans ma vie et sur ma musique, et malheureusement, cette période représente une grosse source d’inspiration”. 

L’évolution récente de KABBSKY, on peut la résumer par la phrase suivante : “J’ai dû m’isoler, Avant j’étais juste un pauvre marmal, j’ai choisi de changer de vie, ces mogo disent que c’est pas normal”. Ce lancement en tant qu’artiste solo était comme un saut dans le vide pour l’artiste. “J’ai écrit cette phrase il y a un an. C’était une période où j’étais vraiment seul dans ma vie. Les gens me disaient que j’étais fou de vouloir faire de ma vie la musique, que ce n’est pas un vrai métier. C’était une réponse pour eux”. Cette année de solitude et de restructuration a surtout été marquée par la séparation avec son acolyte de toujours, Jolagreen. “Avec Jo’ on a grandi ensemble, c’est le parrain de mon fils, c’était un frère pour moi. J’ai beaucoup de respect pour lui et notre ancienne relation. On a eu des différends au niveau professionnel. Chacun devait faire des choix de carrière, et nos routes se sont séparées.” Cette période en tant que backer de Jolagreen lui a tout de même apporté beaucoup d’expériences et de la réalité de l’industrie : “ Il y a beaucoup de gens faux dans ce métier. En étant pendant longtemps dans l’ombre de Jolagreen, j’ai pu comprendre de nombreux enjeux de la musique, comme la gestion d’une tournée et l’énergie qu’il faut avoir sur scène“.

En parlant de scène, seconde exclu pour IGREK, KABBSKY va réaliser une maroquinerie cette année, avant pourquoi pas une Adidas Arena, sa salle de rêve. 

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