Un an après leur premier projet commun, Isha et Limsa reviennent pour le deuxième opus de Bitume Caviar, un projet qui ne peut laisser sans mot, sans émotion tant les deux artistes livrent une véritable déclaration de sincérité au rap. Si sur la cover du premier volume, les deux rappeurs s’affichaient accroupis portant un esturgeon, cette fois ils empruntent le rôle de deux poissonniers au stand d’un marché, vendant leur précieux caviar l’air désabusés.
Une fois de plus, les protagonistes prouvent qu’en plus d’être des personnes respectables, ce sont deux artistes habités par les textes sincères et les rimes tranchantes, maniant leurs thèmes et leurs styles comme personne.
Un projet sincère porteur d’espoir
La fin de vie et du monde semblent peser dans l’esprit des deux artistes. Limsa par exemple se livre dans le morceau 15k : « J’ai pas envie d’finir ici, mourir dans c’maudit endroit », sur une prod presque LoFi des excellents H Jeune Crack et Lucci.
La mélancolie l’abrite en plein rap introspectif. Il poursuit le morceau en alliant à ce spleen un regret nostalgique puisqu’il revient sur son enfance, où il se décrit souriant et discret rappelant son morceau Le Ptit Limsa. Isha, dans une interview accordée à Libération, assume d’ailleurs la dimension mélancolique du projet après que JeanJass le lui ai fait remarquer comme un point positif — pensée à laquelle je m’associe complètement. C’est une preuve que les deux artistes ont su se renouveler, se livrer de manière plus profonde derrière le micro, après un premier opus qui avait déjà introduit ces thèmes.

Rap et politique font toujours bon ménage
Les deux artistes, au delà même de se livrer à une introspection mélancolique, s’attaquent à la politique et à l’état du monde. On pourrait penser que c’est habituel dans le rap mais ils le font d’une manière si personnelle qu’elle se distingue. En effet, l’association des deux dimensions, nostalgique et pessimiste, montre une réelle remise en question. Ils s’attardent à la fois sur le passé et le futur. Le passé manque tandis que l’avenir hante.

Toute cette pensée est mise en mot par une dystopie politique, sur le racisme ambiant, notamment dans le morceau Fin de ce monde dans lequel, en introduction, Limsa s’en prend au racisme et à la xénophobie de différentes figures politiques : « Ils tiennent des propos dénigrants sur nos frères, sur les migrants. Les rois du monde, ils sont délirants, y en a même un qui veut bombarder l’Iran ».
À cela le rappeur ajoute toue une pensée pessimiste qui fait guise de refrain et remet chaque auditeur en question : « Quand je guette les infos, gros, il m’faut dix secondes pour maudire ce monde. Quand je guette les infos, gros, il m’faut vingt secondes pour souhaiter la fin de ce monde ».
Une nouvelle fois, les flows de Limsa et Isha s’allient dans une véritable symbiose que le public attend toujours avec autant d’impatience depuis Starting Blocks, et force est de constater que ce deuxième volume de Bitume Caviar place de nouveau les deux artistes dans la cour des grands du rap.