Sombre Clair

À l’occasion de la sortie du clip La Ride Partie 2 en juillet, j’ai pu échanger quelques mots avec le duo DUKE MOBB. On a parlé musique, images, parcours et futur. Pour ceux qui ne les connaissent pas encore, c’est un collectif de graphistes, mais aussi une marque, une agence créative, un label et des D.A, formé de Zeblaski et Akaoni.
Leurs visuels vous ont sûrement déjà marqués : des pochettes pour JMK$, Veust, Kaki Santana, Gouap, Slim C, un clip animé pour La Crapule (Narcos)… et surtout leurs deux compilations LA CASSETTE, sorties en 2022 et début 2025. Deux projets qui ont secoué l’underground français.

Les débuts : deux routes parallèles

Avant DUKE MOBB, il y a deux jeunes mordus d’image. Akaoni vendait déjà ses dessins au collège, tandis que Zeblaski développait sa patte en se nourrissant de BD et de cinéma, il cite Les Triplettes de Belleville comme une de ses grandes influences. Tous deux sont aussi marqués par l’univers de Jojo’s Bizarre Adventure.
Mais à ce moment-là, ils ne se connaissent pas encore. Chacun développe son art dans son coin, avec les outils de son époque.

Zeblaski & Akaoni – Photo par @anema.exe


Akaoni se lance sur le site 5euros.com, où il gagne un peu d’argent avec des dessins pour des mariages ou des livres jeunesse. Jusqu’au jour où un rappeur lui demande une cover. Et c’est ainsi que grâce à SoundCloud et au bouche-à-oreille, il trouve ses premiers clients rappeurs. De son côté, Zeblaski contacte directement les rappeurs sur Instagram, en mettant moins l’acdent sur la partie monétaire. La scène SoundCloud explose, la demande aussi. Les deux se mettent à digger les scènes des artistes qu’ils illustrent.

Rencontre et création du collectif

1.90.5-OYLC3U2FUBEE73RTVGCBECVKOA.0.1-4ÿÛ


Le déclic arrive avec un concours lancé par JMK$ pour la pochette de son single No Kap #2. Zeblaski, fan du style d’Akaoni, le contacte, et la magie opère à distance. Leur visuel est choisi, et DUKE MOBB naît peu après, rejoints à l’époque par Exxignotis.

À force de faire des covers ils voulaient se donner un plus gros défi, à l’origine, ils rêvaient de produire un clip animé, mais le coût (environ 10 000 €) et le temps les ont vite refroidis. Alors, ils décident de faire un projet musical, une sorte de laboratoire créatif où réunir les rappeurs et beatmakers qu’ils aiment, sans barrière de style.
C’est ainsi que naît LA CASSETTE.

La Cassette Vol. 1 : chaos maîtrisé

Le duo contacte le beatmaker Keyser Soze, avec qui l’alchimie est immédiate. Sans expérience de direction de projet, ils conservent leur habitude du travail à distance : contacter, assembler, orchestrer depuis leurs ordis. Pour obtenir certains sons, ils font preuve d’ingéniosité, par exemple, Zeblaski réalise gratuitement la pochette de l’album de Veust, (celle présente plus haut) pour décrocher un morceau de lui.

Sur la tracklist : 8ruki, So La Lune, Tedax Max, BabySolo33, Sameer Ahmad, Jeune LC, et des producteurs comme Nicholas Craven, Butter Bullets ou Skuna Boi.
20 rappeurs, 14 beatmakers, 15 morceaux : La Cassette devient une véritable photo de la scène underground de 2022.

Cover de LA CASSETTE

La cover, se veut inspirée des affiches japonaises de monstres des années 60, et quand on la voit ça on discerne tout de suite les intentions : la cassette et Duke Mobb arrive pour tout prendre sur leur passage, prévenez les autres.

Et ce chaos logique se retrouve tout le long du projet, chacun brille à sa façon mais tout reste cohérent. Quand on regarde la tracklist, c’est fou de se dire que les trois quart des artistes présents, sont, 3 ans après, plus qu’installés dans le paysage du rap français (au moins underground). Le projet reçoit un accueil fort, les emmène même chez Apple Music pour une interview (et plus) avec Mehdi Maizi, et plante les bases d’une esthétique unique.

La Cassette Vol. 2 : le monstre revient

Après le succès du premier, difficile de s’arrêter là. La suite se dessine naturellement.
Cette fois, DUKE MOBB veut être plus présent physiquement : ils participent à toutes les sessions studios, à un séminaire avec Légendes Industries, bref, ils passent de “fans organisateurs” à “réels directeurs artistiques”.
Mais le chemin est plus long et le duo doit repenser sa méthode. Toujours en indé, le projet est financé avec leurs fonds, sans label ni compromis.

Le résultat ? Une tracklist de 15 morceaux, 15 beatmakers, 25 artistes, et deux fois plus de collaborations.
On y retrouve des moments fous : un disstrack de Morsay, un morceau inédit de Jeune Loup, ou une collab improbable entre Chilly Gonzales, Juliette Armanet, Tedax Max et Jeanjass.
Sur le papier, c’est insensé, et c’est justement ce qui fait la force de La Cassette Vol.2. Ce “chaos logique” cher à DUKE MOBB est plus éclatant que jamais.

La cover, quant à elle, passe du kaiju au train fantôme psychédélique, inspirée des pochettes rock psy des années 60-70 (Beatles + un côté un peu kitsch genre Pen & Pixel).
Chaque recoin cache une référence à un titre ou artiste de la tape : un singe pour Joey, une affiche One Piece pour Captain Roshi, un chemin de billets pour La Route du papier… Je vous laisse les autres à chercher, pour les plus curieux.

V1 de la pochette de La Cassette Vol.2

La Ride Partie 2 : le rêve animé devient réalité

Pour « clôturer » cette deuxième mixtape, il fallait une claque visuelle. Le 16 juillet, c’est chose faite : le clip de La Ride Partie 2 sort, réalisé par @escargooo, avec @loladegove, @ouri.levin, @cailler.florian et @tomvnc. Pour les curieux, allez voir le post de Mosaïque consacré à la création de celui-ci.
Le LCU (La Cassette Universe) s’étend peu à peu avec ce voyage animé entre cartoon underground et trip psyché, fidèle à leur ADN.
Le morceau, commencé fin 2023 et finalisé mi-2024, a demandé près de quatre mois de travail. Le rendu final dépasse leurs espérances : c’est l’aboutissement d’un rêve amorcé dès la création du collectif.

Ce clip, c’est aussi un symbole : La Ride (Part 1) est leur morceau préféré, et cette suite vient clore une boucle.
Derrière la folie visuelle, on sent la rigueur de deux artistes qui ont enfin obtenu le clip qu’ils imaginaient depuis leurs débuts.

Après La Cassette : label, marque, agence


Y aura-t-il un volume 3 ? Zeblaski évoqué il y a quelques mois sur X :

“C’est une période de merde pour les compils. La D.A du moment c’est d’être nulle part façon PNL, donc on va jouer le jeu. On développe l’agence, la marque, on balance des singles. Les compils, on met ça de côté.”

Rien d’étonnant. La liberté artistique à grande échelle est souvent synonyme de liberté économique et le projet, bien qu’acclamé, prend du temps à être rentable. Même si DUKE MOBB s’inscrit dans une démarche « pour la culture », ils cherchent à en vivre aussi, leur pluralité témoigne de leur recherche du meilleur équilibre possible.

C’est ce qui les pousse aujourd’hui à se concentrer sur la direction artistique, à accompagner des artistes sur le long terme.
Exemple : Narcos de La Crapule, pour lequel ils ont participé à tout, du son au clip. Zeblaski a même proposé la topline.
Début octobre, ils annoncent leur premier artiste signé : Nass (@nassbigif), jeune rappeur parisien prometteur.

Leur ambition ? Créer un écosystème à la A24, où musique, image et narration s’entremêlent.
En parallèle, ils développent leur merch, passé de t-shirts et bonnets à des vestes, vinyles et cassettes. Un prochain drop devrait arriver en décembre…
Et depuis mai, DUKE MOBB est aussi une agence de merchandising, de la production à la distribution : DM AGENCE.

L’indépendance comme ligne directrice

DUKE MOBB incarne cette nouvelle génération d’artistes qui refusent de cloisonner les disciplines. Graphistes, directeurs artistiques, producteurs, entrepreneurs : ils sont tout ça à la fois.
Des vrais couteaux suisses, qui développent une image authentique proche de l’art et de tous les artistes tant que ça leur parle, des vrais représentants de la culture, qui peu à peu étendent leur empreinte comme le prouve la réception générale de leurs différents projets. Akaoni, en voyage au Japon, a tout de même croisé un fan de La Cassette, les ventes du volume 2 étaient similaires à des grosses têtes de l’underground : l’impact de leur travail se concrétise vraiment.

Malgré le fait qu’on soit de la même génération, ils ont déjà bâti quelque chose d’hyper mature et solide pour leur âge, un début de carrière qui force le respect.
Et puisqu’ils sont de vrais diggers, il fallait que je leur ai demande des recommandations, donc foncez checker : CHIVO (@chivo_officiel), rappeur « shit talk » aux prods west coast, proposé par Zeblaski, et LANA (@lanastreetprincess), rappeuse japonaise à succès, conseillée par Akaoni.


Pour conclure, DUKE MOBB, c’est plus qu’un collectif. C’est une manière de voir la création comme un terrain de jeu total, où l’image, le son et la culture se répondent.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles similaires