Dans un pays non nommé, il était une fois trois vilains brigands vêtus de 3 manteaux noirs et de hauts chapeaux noirs semant la terreur. Armés respectivement d’un tromblon, d’un soufflet rempli de poivre et d’une grande hache rouge, ils attaquent les diligences et en dévalisent les passagers (Les Trois Brigands de Tomi Ungerer, 1968).

57 années plus tard, les trois brigands se nomment Armand, Lee et Oscar. Armés respectivement d’une plume aiguisée, d’un micro grésillant et de prods millimétrées, ils s’attaquent à la scène rap pour dévaliser tout ce qu’il y aura à dévaliser.
Focus sur Dashit Station et leur premier EP : LES TROIS BRIGANDS

Une découverte surprenante
J’ai été invité à leur release party (big up à Minato et Jules de Phosphore.tv), j’y suis allé sans me renseigner. Je voulais découvrir quelque chose ; être surpris comme aller au cinéma en choisissant un film au hasard. Et j’ai été surpris.
Au Redhall Studio, j’ai découvert un groupe du 13e parisien composé de trois amis depuis l’enfance : Armand, Lee et Oscar. Les trois brigands sont accueillants et souriants. Mais chacun des membres a sa particularité dont la combinaison crée l’énergie de ce groupe. Armand est une force tranquille, sûre de son art. Lee est doté d’un talent brut tout en restant discret. Oscar est un prodige de la production musicale capable de jouer sur plusieurs styles.
Le rap c’est comme la cuisine
Ils me confient que derrière la sortie de ce premier projet se dissimulent six années d’exercice de leur art. Je me demandais pourquoi garder leur travail secret durant toutes ces années ? Dès la première écoute du projet j’ai compris pourquoi : la musique c’est comme la cuisine, il faut inlassablement s’exercer avant d’arriver à la bonne recette, la bonne émulsion, la bonne alchimie. Et Dashit a sans aucun doute trouvé sa recette et son identité.

Ce premier projet de 5 titres, Dashit le définit comme leur carte de visite. C’est une panoplie de tout ce qu’ils sont capables de faire. En effet, le projet est éclectique : on secoue la tête sur les placements de TROIS BRIGANDS, on s’ambiance sur la trap de CASQUETTE WATI B, et on savoure la sincérité des artistes sur la guitare électrique de DEVANT UN CAMPING CAR pour le morceau qui marque l’apothéose du projet.
Des tueurs à l’ouvrage
Plutôt réservés et modestes dans la vie, les trois brigands se transforment derrière un micro ou un logiciel de production. L’exemple qui m’a le plus marqué est sans doute le Freestyle Marée Haute #12, entièrement dédié à leur prestation, où l’on sent qu’ils sont à l’aise et très à propos de cet exercice.
C’est d’ailleurs le Freestyle Marée Haute le plus travaillé visuellement et au niveau de la réalisation (@isaac_cyel et @syme.mh), ce qui le rend encore plus appréciable.
L’omniprésence des relations familiales
Armand et Lee semblent avoir une relation particulière à la famille, particulièrement à leurs pères respectifs dont ils parlent beaucoup tout au long du projet. Les deux rappeurs n’ont pas peur de se livrer sur un sujet aussi intimiste évoquant parfois la violence mais aussi l’amour qui existe entre eux et leurs parents.
« Le regard de mon père sous la capuche, à la maison c’est lui le chef d’orchestre, il levait la main en l’air quand je rétorquais. »
Armand, TROIS BRIGANDS
« Mon père y va pas avec le dos de la cuillère quand il me corrige avec le dos de la cuillère. «
Armand, Freestyle Marée haute 12
« Ma daronne court après le bus, moi j’fuis le train-train quotidien. «
Lee, Freestyle Marée Haute 12

Des thèmes diversifiés et angles originaux
Sur un tout autre sujet, ils parlent de la vie d’étudiant et mettent le doigt sur des maux que beaucoup de jeunes ressentent notamment la morosité d’aller à l’université sans avoir l’impression d’avancer.
« J’irais rejoindre mes vieux prendre un thé, je leur dirais quel chemin j’veux emprunter,
Lee, Marée Haute freestyle 12
Mais ils voudront que je retourne dans cette fac labyrinthique, alors que j’en parle comme un gars qui a pris 5 piges,
J’finirais par m’en enfuir dans une cavale digne d’un film. »
Armand évoque également beaucoup la religion à travers des références ou des punchlines osées :
« Quand je dois mettre de l’argent de côté j’ai des trous dans les mains comme si j’étais cloué sur une croix. »
Armand, DEVANT UN CAMPING CAR
« Tu veux un miracle batard, ouvre ta Bible et ferme ta gueule. Y’a tellement de gens pauvres qu’il faut que je prie, mais dès que je commence à prêcher on me dit d’abréger.«
Armand, DEVANT UN CAMPING CAR
Bref, je vous conseille d’aller écouter ce projet dense musicalement où chaque phase compte.
Gregoire Sellier, @greg.s2lr


