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L’influence d’Allen Iverson sur le rap français

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Sombre Clair
Figure majeure du sport américain, Allen Iverson a laissé une empreinte durable, non seulement dans le monde du basket, mais aussi dans le rap français.

Joueur iconique de l’histoire du basketball, Allen Iverson, surnommé « The Answer », a marqué de son empreinte une génération entière, dépassant le simple cadre de l’univers de la balle orange. Sa réputation de mauvais garçon et son style de jeu ont séduit le monde du Hip-Hop, dont l’enfant des ghettos d’Hampton, en Virginie, avait, il faut bien le dire, tous les codes. Son album aux influences Gangsta Rap No Fiction, sorti en 2000, en est la preuve. Aujourd’hui, A.I trouve encore une place importante dans les cahiers de rimes des rappeurs français. Si l’arrière d’un mètre 83, dont la carrière sportive s’est arrêtée en 2013, jouit toujours d’une reconnaissance outre-Atlantique, c’est en partie dû aux différents aspects de sa personnalité et de sa carrière, offrant aux artistes une pluralité de références.

La légende

L’un des premiers aspects, c’est la légende qu’il incarne. Di-Meh, dans Todo, extrait de sa première tape Focus, Vol.1, rappait simplement : « Légendaire comme Iverson », témoignant de l’ambition du jeune rappeur genevois d’inscrire son nom dans le marbre. Caballero, dans son freestyle Lemon Pepper sur Skyrock, disait : « Ok, t’es peut-être un Iverson mais fais pas le Kobe. » Dans cette ligne, le nom d’Allen remplace le terme légende, la référence à Kobe Bryant, elle, se veut plus macabre, le joueur étant mort en 2020 dans un accident d’hélicoptère. Traduction : tu es peut-être une légende, mais tu n’es pas intouchable. Sameer Ahmad, lui, dans Brasero, offre ces belles rimes : « Modestie m’impressionne, mais ce que j’affectionne, c’est le culte de ma personne un peu comme Iverson. » L’artiste montpelliérain, dans cette ligne égotrip, expose son désir de connaître la célébrité en devenant l’objet de fanatisme, à l’image du basketteur.

Il faut dire que la vie d’Allen est digne d’un film de Spike Lee. Dès sa naissance, sa mère, qui n’avait que 15 ans, expliquait que cet enfant avait été conçu sans rapport, donnant déjà à la future star de la NBA une aura biblique. À ses 17 ans, malgré un talent reconnu de tous, que ce soit en basketball mais aussi en football américain, Iverson est condamné injustement à 5 années de prison ferme à la suite d’une violente rixe dans un bowling de sa ville. L’affaire prit une ampleur nationale et scandalisa la communauté afro-américaine, qui voyait dans cette condamnation un acte raciste. Les protestations donnèrent raison au jeune homme, qui fut finalement gracié, puis innocenté en appel. Avant même d’avoir signé son premier contrat professionnel, Allen Iverson était déjà connu de presque tous les Américains.

Le style

Si ce joueur s’est autant démarqué, c’est aussi par son style : baggys, chaînes en or, bandeau, tatouages, tresses, manchons et bas de contention… Tellement extravagant, tellement hip-hop. Ses tenues sur et en dehors des parquets ont bouleversé la NBA, où les shorts courts et les crânes lisses étaient monnaie courante. Cette situation a d’ailleurs exaspéré le commissaire de la ligue, David Stern, qui, voulant que son championnat garde une image propre, est allé jusqu’à imposer dans le règlement un dress code, pour contrer le style d’un Iverson devenu modèle de la nouvelle génération. L’intéressé s’était d’ailleurs agacé de cette mesure, déclarant : « Tu peux mettre un gangster dans un costume, ça restera toujours un gangster. » Assumé et provocateur, son style trouve un écho particulier chez les MCs francophones ; dans le texte d’un Laylow qui rêve de se péter une North Face, sur son titre Iverson : « Obligé de rester agressif, Iverson avec des tresses, je me roule une fusée dans ma détresse », ou bien dans celui d’un Mairo qui rappe dans le noir sur M.A.I.R : « Le smile à Lilly Allen, les nattes à Iverson Allen ».

Jeff Kowalsky/AFP via Getty Images

Seul contre tous

Kekra, dans son single Iverson annonçant la sortie de son album Stratos, introduit par cette phrase : « Solo contre tous comme Iverson. » Référence directe à la carrière du joueur, qui aura bien trop souffert du manque de coéquipiers de qualité, l’empêchant d’avoir un palmarès à la hauteur de son talent. Il a tout de même réussi, seul contre tous, à hisser son équipe, les Sixers de Philadelphie, en finale NBA lors de la saison 2000/2001. Véritable exploit, tant le natif d’Hampton a porté sur ses épaules le très faible effectif de la franchise de Pennsylvanie. Face aux Lakers, tenants du titre et menés par l’infernal duo Shaq et Kobe, A.I se paye le luxe de remporter le premier match de la série en inscrivant 48 points. Une performance légendaire, mais insuffisante pour toucher le Graal. Les Lakers remportent les quatre matchs suivants et soulèvent le trophée pour la deuxième année consécutive. Cette finale aura tout de même marqué les esprits. Tuerie, dans son dernier projet Les Amants Terribles, y fait référence sur son titre Kobe : « Moi, je préférais Allen Iverson, mais j’ai dû m’incliner quand Kobe lui a volé la bague. »

Roi sans couronne

Cette bague, offerte au vainqueur d’un championnat NBA, Iverson aura couru toute sa carrière pour chercher à l’obtenir, sans succès… Rajoutant l’arrière à la liste des grands joueurs sans titre, des rois sans couronne. Une expression très souvent utilisée dans le monde du rap, pour tous les artistes talentueux sans succès commercial. Dinos, sur la réédition de son album Imany, nous offre la plus belle référence à Allen Iverson dans son titre Sophistiqué : « J’rêve d’une bague en diamant comme Allen et Carmelo. » Illustration de la volonté du rappeur, qui, avec son album, venait de connaître un véritable succès d’estime non traduit en chiffres de vente, de pouvoir un jour connaître le succès. Dans sa phrase, la bague en diamant peut s’interpréter de deux manières : d’abord comme une métaphore du disque de diamant, la récompense ultime pour un artiste, correspondant à un album s’étant vendu à plus de 500 000 exemplaires. Ou plus simplement, la bague en diamant est véritablement l’objet que Dinos pourrait s’offrir si sa musique rencontre le succès escompté. Ce que Dinos veut, c’est avant tout de ne pas être relégué au rang des rois sans couronne, comme Allen Iverson et Carmelo Anthony, joueurs magnifiques aux destins malheureux.

Garrett Ellwood / National Basketball Association / Getty

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