Sombre Clair

Le premier album de Danyl, Zmig, s’avère être un projet moderne combinant différents styles de musique et affirmant une profonde introspection où communiquent quête d’identité, échecs amoureux et amour fraternel.

Depuis quelque temps, il est quasiment impossible de passer à côté de cet artiste tant il s’étend sur la scène du rap français, et sur les réseaux sociaux. Danyl secoue les foules et les têtes, notamment avec le morceau Brouillon dont il a écrit le refrain en direct sur Twitch.

Après plusieurs années à rêver de ce jour, 10 ans pour être plus précis – dit-il lors de son live Twitch du 15 janvier, avant la sortie de l’album –, voilà que Zmig sort entre nos mains. Un grand soulagement pour Danyl et sa bande de potes dont il célèbre l’amitié dans 5 sur nous avec une pointe de sarcasme. Le morceau revendique l’excitation constante du groupe – au point de se faire surnommer les « enfants terribles » – et sa diversité ethnique :

Un juif, un noir et trois 3arbis / Quand t’annonces notre groupe / C’est comme l’intro d’une blague raciste

5 sur nous

Retour aux sources

Un processus entre forme et fond suit tout le projet. Danyl parvient à explorer tout un panel de sujets complexes. Il s’agit à la fois de perte de repères, perdu entre deux pays. Mais aussi l’amour partagé entre une rupture douloureuse et la relation avec sa sœur. À cette dimension introspective s’opposent des rythmiques proches de la pop, tout en croisant les influences telles que le rap, raï dont les tons prônent des sonorités festives. De même pour le morceau Y’A R où l’artiste développe une critique à l’adresse de CNews et de ses auditeurs. Discours dans la même lignée que le reste de l’album, en proie à un constant optimisme, profondément humaniste :

On va vivre ensemble, ça va bien se passer / T’inquiète y’a r

Y’A R

Au-delà de l’appellation du projet en référence au terme zmigri – qui définit péjorativement les émigrés. Le projet illustre cette quête d’identité de l’artiste, perdu entre ses origines algériennes et françaises. Il affirme d’ailleurs qu’il se sent à « 200% français, à 200% algérien ­» (Mehdi Maïzi, A la régulière – Danyl). Le morceau Brouillon illustre parfaitement cette recherche de soi qui dure depuis l’enfance. S’incarne d’un côté un sentiment de honte lorsque l’artiste avoue avec ironie s’être moqué de l’accent de son père pour faire rire ses camarades ou qu’il ne sait pas parler la langue de ses parents. D’un autre, s’illustre l’idée d’une perte avec ce refrain plus qu’entraînant : 

J’suis entre deux lignes, j’écris pile au milieu. C’est brouillon, mais c’est nous.

Brouillon

Expression d’une douleur affective

Néanmoins, en écoutant Zmig, une blessure, une douleur persiste, due manifestement à l’amour. Déjà introduite dans L’amour c’est pour les autres, celle-ci se développe cette fois au travers de plusieurs sons et manières. YA HABIBA et Aalach explorent la rupture. La voisine conte un amour impossible à cause d’une différence religieuse mal vue par deux familles. Marianne se dirige vers l’instabilité amoureuse. Enta Omri – référence à un titre de Oum Kalthoum chanteuse égyptienne emblématique – illustre le dégoût de l’amour.

Avec ce premier projet, Danyl poursuit la création de sa fresque intime à travers ses paroles et ses mélodies. En utilisant le rap comme un espace de dialogue, Danyl semble composer un véritable journal intime musical qu’il laisse au service de nos oreilles. Il n’y a plus qu’à espérer que ce plaisir continue.

Photographie de couverture par @mariiepopping

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles similaires