Sombre Clair

« 6TR9C9« , tel est le nom du nouveau projet de l’enfant de Soisy-sous-Montmorency, 63OG. De basketteur à rappeur (malgré lui), le jeune homme d’origine franco camerounaise se fait sa place au sein des playlists d’auditeurs de rap ces derniers temps. Focus sur son nouveau projet, qui pour nous, confirme les attentes placées en lui.

Un projet aux influences multiples

Né en banlieue parisienne, d’origine camerounaise, et ayant quitté le domicile familial dès ses 15 ans pour l’Espagne, puis les Etats-Unis, afin de vivre son rêve de devenir basketteur, 63OG a connu du paysage. C’est une facette de son identité qui se retrouve dans sa musique, notamment au niveau des sonorités.

Au sein de 6TR9C9 on le ressent plus que jamais. Adorateur de la trap, comme la plupart de son entourage professionnel et personnel, 63 à réussi à explorer, et à se diversifier au sein de ce projet (pour le plus grand plaisir de nos oreilles). C’est un état d’esprit qu’il assume de plus en plus, et comme il le dit lui même dans un entretien accordé à Simon Dangien pour Konbini en début d’année : « C’est important d’explorer les options que tu peux avoir. […] Je resterais toujours ouvert et dans la recherche de sonorités. » C’est pourquoi on retrouve des sons liés à la trap, mais travaillés d’une manière inhabituelle pour le rappeur. On pourrait classer « jeff bezos » dans cette catégorie là. Un son qui mêle influences trap, le tout sur le sample du hit « Disclosure » de Lantch et Sam Smith, qui donne une atmosphère lente et planante à ce banger en devenir.

Si vous avez eu le temps d’écoutez le projet (si vous ne l’avez pas fait, fermez cette page et foncez !), ou si vous avez un temps d’écran conséquent sur TikTok, vous ne serez pas passé à côté de l’exclu de 63 qui a retourné la plateforme ces dernières semaines. Une prod entêtante, sur des drums tout droits sortis des Antilles, je parle bien sûr de « ruiné ».

Il est vrai qu’en ce moment, le bouyon s’est imposé de plus en plus comme une inspiration incontournable de la scène émergente du rap francophone. D’autres dans l’entourage de 63OG s’y adonnent, on pense notamment à Ricky Bishop. Mais il faut avouer que ici, l’ensemble rend parfaitement bien, et l’essentiel est là. On ne s’attarde pas trop sur les paroles, la prod reste en tête, et c’est exactement ce que l’artiste recherche lorsqu’il compose. 63 ne se prend pas la tête, il dit ce qu’il pense, et veut retranscrire son identité dans sa musique. Cette mentalité à la composition nous donne des sons qui se « mangent sans faim », à l’instar de « ruiné« .

@92johnmarston

L’effet que ce son a sur moi

♬ comme un dj – 63OG

N’oublions cependant pas la trap pure et dure qui fait l’identité de 63OG. Grand adorateur des travaux de Chief Keef depuis ses 12 ans, auditeur assidu des mixtapes de Gucci Mane, habitant du sol américain pendant une partie de sa vie, la culture musicale américaine et notamment la trap sont par conséquent ancrées en lui. On retrouve ces influences flagrantes dans le choix des prods. Le son « solo dolo » par exemple, m’a de suite fait penser à « Monster  » de Chief Keef, avec ces sonorités macabres comme si le beatmaker avait composé dans un cimetière le jour d’Halloween. Et tout au long du projet on ressent cet amour de la trap tant dans la manière de poser que dans le choix des prods, qui sont d’ailleurs très cools si vous kiffez ce style, tout simplement.

On peut aussi lier l’amour voué à Chief Keef avec le choix de la cover du projet. En effet, on perçoit une référence claire et assumée à « Back from the death 2 ». Je vous laisse vous faire votre propre avis, mais pour nous, ça crève l’écran.

Une autre dimension

Je pense que si en 2025 je passe pas à un autre step et que j’suis encore considéré comme un rookie, c’est que j’suis pas au niveau attendu, tels sont ses mots lors de ce même entretien pour Konbini. Alors peut-on aujourd’hui affirmer que 63OG est passé au niveau supérieur ? Peut-il encore être considéré en tant que rookie ? Pour nous en tout cas, c’est le projet qui confirme l’étendue de son talent.

L’ensemble du projet est vraiment digeste, c’est ce que certains lui reprochaient sur ces projets antérieurs. Personnellement, depuis 2024, je trouve qu’il a prit une dimension beaucoup plus professionnelle, et qu’il s’oriente peu à peu vers des sonorités et un travail qui pourrait faire rapidement adhérer un public plus large. Et cette volonté, on peut presque dire que ça faisait parti du cheminement imaginé par 63OG. Lui qui s’est volontairement orienté d’un public « niche » cantonné à SoundCloud vers les plateformes de streaming et une productivité plus accrue afin de démontrer son niveau et se donner les moyens d’atteindre d’autres sphères.

Mais avant 6TR9C9, 63 avait laissé des indices sur sa montée en puissance. Que ce soit une Boule Noire pleine à craquer, un passage sur le célèbre ON THE RADAR et une pseudo-validation outre Atlantique, des connexions et des rapporchements avec de belles têtes du rap émergent, comme Don Fresco (le manager de SheriffLaZone, qui est d’ailleurs présent sur le projet avec le son « boss »), Keeqaid, et son acolyte qui a toujours cru en lui, ThaHomey. Il a aussi eu l’opportunité de participer au concert Mosaïque, et s’est vu attitré une interview long format par le média parisien. Au niveau de sa musique personnelle, il drop de gros singles, avec notamment une collaboration avec Skuna (dont il est très proche musicalement parlant) : ZUSHI REMIX

On doit aussi à Skuna la connexion entre 63OG et Diddi Trix. Les deux artistes parisiens ont par la suite collaboré sur le projet commun de notre protagoniste avec 75era : « Dernier Train ». Un top projet qui permet au rappeur d’obtenir un ensemble très professionnel et de collaborer avec Baby Neelou, Jeune Lion et Diddi. On retiendra le feat « Elle aimerait » avec le rappeur Bondynois.

Sur 6TR9C9, le rappeur collabore avec de belles têtes émergentes de notre rap français, que ce soit Lala&Ice ou Sonny Rave sur le très bon son « pablo« . Ou encore l’étoile montante parisienne, affiliée avec toute la Northside, LUCCI. L’alchimie entre les deux est par ailleurs excellente sur le son « briller« , du grand Art. C’est dans ce genre d’associations qu’on voit que 63OG s’ouvre réellement à des styles différents, tout en restant dans ce qu’il aime. Pour revenir au son « pablo », les deux artistes en featuring ne sont pas réellement liés explicitement à la trap américaines, et pourtant la réalisation est vraiment poussée et l’atmosphère du son est très plaisant.

Pas de prise de tête en apportant une dimension artistique

Quand j’ai capté que j’allais pas devenir basketteur, ça m’a fait mal, et j’ai décidé de devenir moi-même, j’suis alors devenu “rappeur”. C’est pour ça que je dis que j’ai pas décidé d’être rappeur”. Ces mots de l’artiste résume, ce pourquoi sa musique sonne avec la spontanéité, mais surtout sa volonté de ne pas se prendre la tête avec sa musique. Certains y trouveront de la facilité et de la paresse, mais il faut aller chercher plus loin que la forme, et comprendre la volonté et la mentalité de l’artiste. Il reste tranquille car il sait que ça peut vite s’arrêter.

Mais au sein de ce projet on remarque un vrai fil rouge, une continuité logique qui apporte un réel professionnalisme à l’ensemble. C’est notamment orchestré par PlentyGlitz, un DJ français. Sa présence et le fait qu’il « host » ce projet (à l’instar de certaines grosses têtes du rap aux US) donne une âme et une dimension vraiment musicale au projet.

Sa présence sur les intros et outros de la plupart des sons du projet amène un dynamisme et une identité, avec notamment la présence de sonorités africaines qui rappellent les origines camerounaises de 63OG. Dès le début du projet, avec le son « tout petit « , on est alors projeté dans le monde du rappeur et l’enchaînement avec la prod est tout simplement monstrueux (mes écouteurs ont vrillés à ce moment là).

63 se démarque par son état d’esprit et sa manière de travailler. On pourrait la qualifier de « cool », tranquille, mais c’est un débrouillard, qui garde cet aspect nonchalant propre à lui-même. Porte étendard du collectif 63WA, il reste fidèle à ces derniers et à leur mentale de travail : « Nous par nous ». Il se raconte lui-même avec ses propres mots et dépeint sa vie avec ce qu’il vit, il rap pour lui et pas pour les autres. Cela correspond encore une fois au fait que, comme il le souligne, « Je n’ai pas décidé d’être rappeur ». Cette façon de penser se voit aussi sur scène, il est avec ses potes, et reste encore une fois très influencé par son idole Chief Keef et sa manière de gérer la scène seulement avec ses potes.

Avec ce nouveau projet 63OG s’impose comme une étoile, qui a déjà bien entamé sa montée en puissance. Après quelques jours, son album obtient certaines stats inattendues, avec des sons devenus tendances sur TikTok et une belle apparition du projet dans le top 100 des albums de rap français sur Apple Music. Des chiffres qui annoncent un bel avenir pour le rappeur parisien.

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