Début juin, le jeune rappeur Artel a sorti son nouveau projet, « MAUVAIS TIMING ». En sept titres, il nous amène dans son univers, teinté de mélancolie. Sa voix autotunée, ses productions légères et sa sincérité confirment son ancrage dans une scène émergente en quête de sens.
Un rapport au temps, aux douleurs, à soi
Mauvais timing porte bien son nom. Artel y évoque son rapport compliqué au temps, cette impression de le voir filer, de le perdre dans des douleurs qu’il peine à contenir. Dès les premières notes du projet, on reconnaît sa patte : des prods oniriques et douces, accompagnées d’une autotune aiguë qui accentue la fragilité du propos.
Avec DANS MA BULLE, le rappeur creuse ce sentiment d’exclusion, de marginalité. Il s’y sent étranger au monde qui l’entoure, enfermé dans une bulle à la fois protectrice et étouffante. Le thème de l’album est là : la solitude, le décalage, la douleur rentrée.
Une montée en puissance avec PILE OU FACE
Parmi les morceaux les plus marquants, PILE OU FACE se distingue par la transmission de son émotion. Artel y évoque son lien brisé avec la nature, symbole d’un éloignement plus global, celui de l’être face à un monde qui ne lui ressemble plus. L’autotune robotise sa voix, comme pour signifier sa déshumanisation :
"J’écoute pas trop mon cœur, il est fragile. J’écoute pas trop mon cœur, il est cassé, c’est tragique."
Ce morceau dégage une forme d’apaisement malgré la peine. Artel prend de la hauteur, presque au sens propre, cherchant la paix “en haut de la montagne”.
Une énergie nouvelle sur DON’T CRY
Sur DON’T CRY, Artel accélère le tempo. Le BPM est plus rapide que d’habitude, et sa voix, débarrassée de l’autotune, se fait plus percutante. Il y évoque la précarité qui a forgé son envie de réussir :
"J’pera pour vider mon sac. J’pera pour remplir les poches de mon jean large."
Il parle aussi du rythme effréné imposé par l’industrie musicale, et de la difficulté à suivre :
"C’est la fast life, ça va trop vite / J’suis déjà sur le prochain quand j’ai pas fini mon projet."
Entre lucidité sur le système et introspection sociale, il évoque l’ambivalence de son quotidien :
"Toutes les saisons dans mon taudis, on se caille."
Le monde va mal, et Artel aussi
Dans LE MONDE SE MEURT, le ton devient plus grave encore. Le rappeur y confesse son mal-être, son impression d’être en décalage permanent.
"On fait ce cash à contre-cœur."
Il pointe les paradoxes d’un artiste qui, tout en profitant du système, le rejette :
"Génération on baise mais y’a pas d’amour / J’arrive plus à m’amuser dans leurs résois."
"Toutes ces larmes à ravaler, elles me font mal à la gorge / Donc j’irai chanter mes blèmes pro face à la foule."
Une rupture brutale avec 00000
Avec 00000, le projet prend un virage. La prod, co-produite par Jeune Observateur, frappe fort. C’est le son qui tape du projet. Artel semble sur le qui-vive, presque en danger. Il y exprime sa colère contre le monde, sa frustration, son entêtement :
"J’suis trop têtu, j’veux pas te prêter ma haine / J’suis monté, j’suis béton, mais j’essaye encore."
Même dans la rage, il garde une forme de retenue. Fidèle à lui-même, il casse les codes sans jamais tomber dans la démonstration.
Dans DOPE&ALCOOL, Artel nous confie ses mécanismes de survie dans une société qu’il ne comprend pas, qui l’épuise.
« Je mélange dope, alcool oh my god fatigué par cette life. »
Toujours cette prod légère, qui contrebalance le fond du texte, composé par ses soins. Il parle aussi de sa mère, figure repère, pilier dans la tourmente. Ce morceau synthétise bien son mal-être et ses tentatives pour ne pas sombrer.
Un adieu intime avec SEUL
Enfin, SEUL clôt le projet avec une douceur douloureuse. Artel y exprime sa lassitude, son besoin d’isolement :
"Je veux plus qu’on m’aime, je veux qu’on me laisse seul."
Ce dernier morceau, intime et fragile, condense tout ce qui fait la force de Timing Out : une sincérité brute et une sensibilité à vif.
Conclusion : un artiste à part, une voix déjà marquante
Avec Timing Out, Artel ne cherche pas à faire du bruit. Il préfère toucher juste. Entre douleurs existentielles, observation sociale et quête d’apaisement, il affirme un style à part, cohérent et singulier. Un projet à la fois pudique et profond, porté par une plume prometteuse.