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Chronique d’un concert à l’américaine : Kendrick et SZA à La Défense

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‘PRETTYDOLLCORPSE’ : à coeurs ouverts et corps perdus

Sombre Clair

Le 15 juillet 2025, Kendrick Lamar a enflammé l’Accor Arena de Paris devant plus de 45 000 personnes. Dès l’annonce du concert, les places se sont arrachées : il faut dire que voir un artiste de ce calibre en France reste un événement rare. Son dernier passage datait de 2022. Alors, forcément, quand Kendrick se déplace, le public aussi. Nous sommes partis à cinq depuis la Bretagne pour ne pas manquer ça.

Concert événement

Je note une première différence avec la scène rap francophone : les artistes internationaux ne se produisent quasiment qu’à Paris. À l’inverse, de nombreux rappeurs français cherchent à décentraliser leurs tournées pour aller au contact de leur public en région. Cette volonté de proximité est une force du rap francophone, qui ancre ses textes dans les réalités plus ou moins communes aux quartiers de France. Mais quand c’est Kendrick, tu sais que ça ne passera qu’une fois, et pas chez toi, mais à Paris.

À 19h, DJ Mustard a ouvert le bal, enchaînant les sons West Coast, jusqu’à « Charger” du Triangle des Bermudes, véritable surprise générale mais qui a retourné la salle. Placé dans la fosse, j’ai senti une vague d’énergie collective. Le public n’était pas seulement là pour un show, mais une ode de cette passion du rap s’est ressentie. Et quel patron avait-on en face de nous : Kendrick Lamar, figure respectée pour ses textes engagés, son flow précis, sa voix atypique dans un milieu encore très viriliste.

L’empreinte culturelle exportée

Là encore, la différence se fait sentir. Le rap américain, né aux États-Unis, porte une charge historique et culturelle forte. Kendrick vient de Compton, un quartier symbole, et incarne cette continuité entre militantisme et création artistique. Le rap français, bien que très riche, n’a pas la même portée globale. Il s’exporte peu hors de la francophonie, mais même ses concerts à Paris restent généralement plus modestes en termes de scénographie ou de budget.

Car oui, l’autre élément marquant : le prix. 170 € la place. Pour des provinciaux comme nous, il a aussi fallu payer le trajet, le logement… Autrement dit, assister à un concert de cette envergure reste un luxe. À l’inverse, les concerts de rappeurs français sont bien plus accessibles, tant sur les tarifs que sur la proximité. Un concert dans le zenith de sa région ne dépasse souvent pas les 40 euros, et garde une intensité scénique réelle, bien que plus brute.

Un show calibré et immersif

Mais une fois les lumières éteintes, difficile de regretter le coût. L’intro scénographique posait déjà une ambiance puissante . Avant chaque morceau, des vidéos de Kendrick et SZA — comme en séance de psy — introduisaient le thème du morceau. L’écran en fond de scène rythmait le concert, et les couleurs variaient selon les ambiances d’album : noir et blanc pour GNX, lumières chaudes pour Mr. Morale and the big stepper. Une direction artistique millimétrée.

La fosse était en feu à chaque titre de Kendrick. SZA, que je connaissais moins, a aussi livré un show marquant. Son univers très visuel a séduit, intrigué, parfois dérouté — mais elle a su captiver un public pourtant venu majoritairement pour Kendrick. Là encore, on sent la différence de moyens et de style : ce genre de scénographie immersive reste rare dans le rap francophone, plus direct, plus brut, souvent plus proche de la performance que du spectacle.

Au fond, c’est peut-être là la vraie distinction : les concerts US sont pensés comme des œuvres totales, immersives, ambitieuses, presque cinématographiques. Les concerts de la scène francophone, eux, cultivent la proximité, l’authenticité et une forme de sobriété qui permet une autre forme de communion. Mais une chose est présente dans tous les cas: la passion du rap.

1 commentaire
  1. Très bien écrit et intéressant d’avoir une comparaison de la scène française avec la scène américaine ! C’est très vrai, les concerts des américains et des étrangers en général sont surtout des shows énormes qui en valent le détour et qui nous font vite oublier le prix de la place !

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