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Du Jerk à la HoodTrap, focus sur un mouvement mouvant

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Sombre Clair

Des snares qui jouent en choeur avec les 808 couplées à des mélodies tantôt martiales tantôt éthérées, le tout donnant un ensemble dansant : telle est la recette pour produire une instrumentale HoodTrap efficace. Pour les plus Ricains d’entre vous, les noms de Xaviersobased ou encore Kashpaint vous sont sûrement connus. Pour les autres, plongez avec nous à la découverte du style HoodTrap, aussi appelé JerknB.

Des racines Outre-Atlantique

Avant de devenir ce qu’on connaît d’elle aujourd’hui, la HoodTrap a subi plusieurs mutations.

Cela commence avec l’essor du mouvement Jerk, dans les années 90 aux États-Unis. Une danse libre rythmée par des sonorités rapides. Dans les années 2000, le mouvement s’intensifie et voit s’affronter des crews lors de battles face à un public bouillant. Le but ? Faire bouger des têtes et mettre les acteurs ainsi que les spectateurs dans une ambiance festive. C’est ce que nous explique Dany, alias DDAHNY!, beatmaker angevin qui a notamment placé pour Lairbé : « La jerk ça se veut vraiment ambiançant, avec beaucoup d’éléments, pour que quand t’écoutes tu bouges la tête. »

Très vite, les mouvements signatures de la Jerk vont devenir tendance sur le sol américain. C’est alors qu’émergent des précurseurs du mouvement tel qu’on le connaît comme Cliff Savage et son projet « Jerkin Was a Habit« , ou encore le son des New Boyz « You’re a Jerk », tous deux sortis en 2009.

À l’époque, le jerk s’impose dans une période clé de l’histoire de la pop culture et du lifestyle américain, puisque dans les années 2010 apparaît le fameux mouvement SWAG.

Snapback YMCMB, jean skinny, ou encore le fameux sweat Baby Milo, des pièces cultes à l’époque, qu’on préfère laisser au placard aujourd’hui, mais qui caractérisent l’âge d’or de la Jerk, et ont participé à son essor et sa démocratisation. Que ce soit la danse ou ce nouveau style musical, tous deux enflamment la toile américaine au début des années 2010.

Mais comme tout effet de mode, ils s’estompent et finissent par devenir complètement ringards.

Le renouveau du Jerk via l’essor du Cloud Rap

Entre 2015 et 2020, la scène rap américaine connaît un véritable raz-de-marée, portée par la plateforme suédoise SoundCloud. Tout le monde peut créer, poster, partager, le tout sans frais, et depuis chez soi. Tout simplement une révolution au sein de l’industrie musicale. Très vite, des profils se distinguent, et un tout nouveau style atteint son apogée : le Cloud Rap. Et c’est de l’autre côté de l’Atlantique, en Suède, qu’un jeune homme va prendre les rênes, et devenir un porte-étendard de ce mouvement. Il s’agit de Yung Lean.

Le jeune Suédois explose aux États-Unis, et inspire de nombreux jeunes, qui viendront par la suite s’inspirer de ces sonorités planantes en y ajoutant les codes de la Jerk, ce qui va donner naissance à des ambiances Hoodtrap semblables à celles d’aujourd’hui.

On arrive en 2020, une année qui marque alors un nouveau tournant, notamment avec la période de confinement due à la pandémie de COVID-19. Obligés de rester chez eux, certains jeunes Américains vont alors créer, et se prendre de passion pour la musique et sa conception. Naît alors une volonté de créer de nouvelles choses, encore jamais entendues, et d’élaborer un sous-genre musical complètement inédit. On assiste réellement à la naissance du « Jerk Hoodtrap ». Un mélange du Cloud Rap comme le faisait Yung Lean (pour l’atmosphère planante), de la Trap (et son évocation de la réalité des quartiers compliqués aux USA), et du Jerk (le tout dans une ambiance qui donne le sourire et fait bouger la tête).

La Jerk Hoodtrap

Très vite, de jeunes artistes se distinguent courant 2021-2022 et explosent dans ce domaine. Par exemple, le jeune Xavier Lopez, alias Xaviersobased, n’a que 18 ans lorsqu’il sort son single « Patchmade« , un son qui sera alors perçu plus tard comme précurseur dans le style « Jerk Hoodtrap » aux USA.

Une prod agressive, mais enjouée, qui est le fruit du travail de Kashpaint. C’est un jeune beatmaker, qui s’impose comme une pointure en termes de « Jerk Hoodtrap » aux US. Notamment de part ce que nous explique DDAHNY : « Les mélodies sont souvent très chargées, mais c’est très recherché au niveau des sonorités ». Très vite, Kashpaint est alors reconnu pour sa patte. En témoignent les innombrables « Type Beat Hoodtrap Kashpaint » disponibles sur YouTube. Il enchaîne les collaborations avec d’autres artistes qui « pètent » alors à l’époque.

Il utilise aussi la gimmick représentative de la plupart des beats Hoodtrap, le célèbre « EH ». Qui est, à la base, originaire d’un pack de samples datant des années 90/2000, et qui fut modifié et popularisé par Pharrell Williams dans le son « That Girl”, sorti en fin d’année 2006. 

Peu à peu, la Hoodtrap s’oriente vers une atmosphère plus sombre, moins enjouée. On aperçoit aussi des changements en matière de prods : « La Hoodtrap c’est très lent, c’est aussi espacé, voir très espacé, pour laisser la place à l’artiste et rendre ce qu’il dit plus percutant », nous explique DDAHNY. Les anglais, entre autres, sautent alors rapidement sur l’occasion et décident de s’orienter vers ce nouveau tournant musical. Un choix qui s’est avéré payant, puisqu’on le voit aujourd’hui avec un artiste comme Nemzzz, qui comptabilise des millions de streams et dispose d’une renommée internationale.

C’est cet engouement, qui va notamment permettre à ce style d’émerger tranquillement en France, et de se faire récemment un nom parmi les nouvelles influences du rap français.

L’arrivée en France

Comme la plupart des tendances musicales, elles arrivent avec un peu de délai en France après avoir pété aux Etats-Unis. La Hoodtrap ne fait pas entorse à la règle, puisqu’elle va débarquer en métropole via certaines têtes du milieu comme Kerchak et sa série « HOODTRAP » (l’utilisation du « EH » est encore de mèche).

Une arrivée à retardement donc; mais que les rappeurs français ont réussi (encore une fois, ne dénigrons pas notre beau rap français) à se réapproprier à leur manière. Tout d’abord, on aperçoit cette suppression de l’aspect cloud et planant qui faisait le ciment de ce qu’était la Jerk Hoodtrap des States. On a à contrario renforcé l’aspect « hood » du terme « Hoodtrap », en y rappant des lyrics sombres et agressifs. C’est ce qu’on pourrait alors caractériser de « Evil hoodtrap ». Ces changements on les perçoit aussi au niveau de la prod : « la Hoodtrap se différencie de la Jerk, car contrairement à cette dernière, l’ensemble demeure moins planant, mais plus ancré avec la snare et la 808 qui tape en même temps. » schématise Monarch, un autre beatmaker angevin maintenant installé sur la Capitale.

Dernièrement, on observe l’exposition croissante de BLOODY$ANJI, qui excelle tout particulièrement dans ce registre, en se démarquant avec un aspect sombre et macabre vraiment très marqué. L’artiste membre du collectif Online Plug a connu une véritable hype avec son morceau « L.R DEFENDER« , notamment sur TikTok.

D’autres artistes vont aussi conserver la base de la Jerk, avec cette volonté de festivité, de cassage de nuques, ou encore cette mise en avant de la prod et de ses sonorités comparé aux lyrics. Le genre de sons qui te font grimacer juste grâce au rythme des 808 et de la prod, sans réellement prêter attention aux paroles du rappeur. On voit par exemple cela avec le single en multi-feat de Key Guapo « HOODJERK FR1 « . Un son pour partir à la guerre.

Un style qui plaît tellement qu’il va même jusqu’à devenir tendance, et notamment sur la plateforme TikTok, où vous pourrez forcément retrouver un édit de votre joueur de foot préféré sur un fond de remix Hoodtrap. Monarch y voit même une certaine logique : « Je trouve que ce retour de la Hoodtrap avec la culture du remix et du DJing est vraiment cohérent avec la culture Internet d’aujourd’hui. » Que ce soit Zola, 1pliké140, Niska ou encore Jolagreen23, tous en ont fait les frais. Mais il faut le dire, ça rend plutôt bien.

Entre influences diverses, réappropriation et mutations, la Hoodtrap s’est aujourd’hui plus ou moins installée dans le paysage musical rap. Malgré sa récente arrivée en France, on repère des artistes sensibles à ces sonorités et à ses placements au niveau des prods. A voir maintenant si ce style pourra perdurer dans le temps, ou finira malheureusement par disparaître comme a pu le faire la Jersey Drill.

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